Quand les cadeaux de Noël ne font pas mouche : décryptage d'un phénomène universel
Les festivités de fin d'année battent leur plein au Cameroun comme partout ailleurs dans le monde. Mais que se passe-t-il lorsque le cadeau tant espéré sous le sapin ne correspond pas à nos attentes ? Cette déception, loin d'être anodine, révèle des mécanismes psychologiques profonds qui méritent d'être analysés.
La déception au rendez-vous
Avant même d'ouvrir le présent, notre esprit s'emballe déjà. "Il est trop gros, comment vais-je le ramener" se dit Louise. "C'est sûr, c'est encore une écharpe en laine" se lamente Philippe. Cette mentalisation qui précède l'ouverture révèle une difficulté fondamentale à recevoir, selon Sarah Serievic, psychothérapeute spécialisée en psychodrame.
"C'est bien notre capacité à recevoir, au-delà de l'objet en lui-même, qui est en jeu", explique la spécialiste. Un cadeau en dit long sur la nature de nos liens avec autrui, tout comme sur l'amour que nous nous portons.
"Accueillir est le maître-mot", insiste Sarah Serievic. Il s'agit de lâcher le contrôle et de s'ouvrir au plaisir d'être surpris. Le DVD offert par votre conjoint raconte peut-être plus sur votre histoire commune qu'un bijou coûteux.
Quand le cadeau renvoie à l'estime de soi
À peine déballé, le "c'est tout !" surgit parfois, accompagné d'un sourire forcé. Cette réaction ne traduit pas forcément un déplaisir face à l'objet, mais plutôt un sentiment de dévalorisation personnelle.
"Plus que l'objet en lui-même, un cadeau nous renvoie à l'amour que l'on a de soi-même", analyse la psychothérapeute. Quand l'estime de soi fait défaut, l'impression de ne pas avoir de valeur aux yeux des autres domine.
L'art-thérapeute Lydia Rozenberg précise : "Dans l'enfance, quand on n'a pas reçu ce qu'on pensait devoir recevoir, le sentiment de ne pas valoir davantage perdure". À l'âge adulte, cette demande de réparation ne peut être comblée par qui que ce soit d'autre que soi-même.
Le cadeau comme arme de guerre familiale
Durant les fêtes, certaines tensions familiales s'expriment à travers les présents offerts. "Noël dernier, ma sœur m'a offert une BD sur comment trouver et garder un homme, alors que je suis célibataire", confie Angélique.
"Recevoir nous prive d'une liberté, celle de dire je n'aime pas. Nous nous retrouvons alors dans l'obligation de l'accepter", explique Lydia Rozenberg. Dans ces cas, il devient légitime de revendre l'objet ou de l'offrir à quelqu'un qui l'appréciera vraiment.
Toutefois, quand le cadeau est mal vécu, il reste préférable d'en parler une fois les festivités passées. "Prenez le temps de partager à l'autre combien son cadeau a eu l'effet d'une gifle", conseille Sarah Serievic.
La facilité des chèques-cadeaux
En apparence pratiques, les chèques-cadeaux ne remplissent pas toujours leur rôle émotionnel. Ils cachent souvent une paresse ou un manque d'investissement affectif, justifié par le manque de temps.
"Rencontrer l'autre dans son désir et chercher à le satisfaire est forcément confrontant, tout comme plonger dans son plaisir à offrir", souligne Sarah Serievic. Sans ces ingrédients essentiels, on évite simplement le risque de déplaire, mais est-ce là l'essentiel ?
Cette période de fêtes nous rappelle finalement que l'art d'offrir et de recevoir reste un apprentissage permanent, révélateur de nos relations et de notre rapport à nous-mêmes.