Cisjordanie : la nouvelle génération de colons radicaux qui défie l'ordre établi
La Cisjordanie est le théâtre d'une escalade de violences préoccupante. Un mouvement peu structuré de colons radicaux, majoritairement jeunes et décrocheurs scolaires venus de l'extérieur du territoire palestinien, attise les tensions. Connus sous le nom de « jeunes des collines », ils sont animés par une idéologie religieuse nationaliste et cherchent à étendre la présence juive en Cisjordanie en installant des avant-postes non autorisés, souvent des tentes ou des caravanes, en dehors des colonies reconnues par Israël.
Une stratégie de la terre brûlée
Contrairement aux groupes israéliens en rupture de ban qui vivent en Cisjordanie depuis les années 60, cette nouvelle génération a pour objectif de s'approprier des terres palestiniennes, par la violence si nécessaire, analyse Dvir Warshavsky, membre des Enfants d'Abraham, un groupe juif religieux défenseur des droits des Palestiniens.
Mardi matin, une centaine de colons ont bravé les forces israéliennes pour empêcher le retour dans le village de Jalud d'une famille palestinienne contrainte de quitter sa maison il y a deux mois après avoir subi des agressions. Trois policiers ont été blessés dans les affrontements, et trois suspects, dont deux mineurs, ont été interpellés. Ces violences ont suscité de rares condamnations de la part des dirigeants israéliens.
« Une poignée de délinquants » ?
Selon un récent message sur un groupe WhatsApp lié au mouvement et consulté par l'AFP, les « jeunes des collines » seraient à l'origine ces 12 derniers mois de 635 attaques dans 158 villages palestiniens, lors desquelles 409 personnes auraient été blessées et 436 voitures incendiées. Des chiffres qui ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante.
Face à l'intensification de ces violences, dont les auteurs sont rarement poursuivis, plusieurs pays, dont les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, ont récemment imposé des sanctions sur les produits issus des colonies, suscitant la colère d'Israël.
Certains colons prennent aussi leurs distances : fin 2025, les responsables de trois conseils locaux ont proclamé leur « tolérance zéro » envers les « jeunes des collines ». Ces attaques sont l'œuvre « d'une poignée de jeunes délinquants, environ 150 », a minimisé la semaine dernière le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la tribune de l'ONU, accusant la communauté internationale d'ignorer les violences commises par les Palestiniens.
Un contexte d'occupation et de guerre
Israël occupe depuis 1967 la Cisjordanie, où 500 000 colons israéliens vivent aujourd'hui parmi trois millions de Palestiniens. Le gouvernement israélien reconnaît environ 140 colonies, illégales au regard du droit international, auxquelles s'ajoutent environ 400 fermes et avant-postes non reconnus par la loi israélienne, selon l'ONG israélienne Peace Now.
Depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, et l'ouverture de nouveaux fronts, de nombreux soldats ont été déployés hors de Cisjordanie, et la sécurisation des colonies s'est souvent retrouvée assurée par des réservistes, souvent colons eux-mêmes. Or, selon des experts, ces colons sont ainsi moins susceptibles que les soldats de démanteler les avant-postes.
Une idéologie qui gagne du terrain
Le mouvement des « jeunes des collines » a pris de l'ampleur après le démantèlement en 2005 de 21 colonies dans la bande de Gaza et de quatre autres en Cisjordanie dans le cadre d'un « désengagement » unilatéral israélien. Son essor s'est notamment construit sur la rancœur des milliers d'Israéliens alors forcés de partir, selon des experts.
Une approche plus idéologique a émergé et progressivement remplacé « la stratégie traditionnelle des colons visant à construire toujours plus de colonies pour y installer plus de monde », analyse M. Warshavsky. Avec pour credo « le moins de monde possible sur le plus de terres possible », la nouvelle génération cherche à multiplier les petits avant-postes sur l'étendue la plus vaste possible.
L'ascension de responsables politiques porteurs de cette idéologie, comme le ministre des Finances d'extrême droite, Bezalel Smotrich, a apporté légitimité et soutiens financiers croissants à cette communauté. Si le gouvernement ne peut transférer directement des fonds aux colonies illégales, il finance « tout le reste » (routes, caméras de surveillance, panneaux solaires, véhicules de patrouilles...) en sus de la protection de l'armée, assure Hagit Ofran, de Peace Now. Et de déplorer que « l'armée ne veut pas s'occuper » des fauteurs de trouble et « ne cherche pas à les combattre ».