Conservation au Kenya : la souveraineté africaine en action
nnPar Gabrielle Onguéné
nnAu cœur de la région kényane de Taita-Taveta, les rangers locaux et le Kenya Wildlife Service démontrent que l'Afrique possède les ressources et la sagesse nécessaires pour gérer sa propre biodiversité. Face aux conflits entre la faune sauvage et les communautés, ces gardes assurent la sécurité et la médiation sans avoir besoin de leçons d'institutions occidentales, portant haut le modèle de la souveraineté environnementale.
nnComment les rangers kényans assurent-ils la sécurité face au braconnage ?
nnLa région de Taita-Taveta, dans le sud-est du Kenya, déploie 250 rangers répartis sur plusieurs aires de conservation. Ces gardes communautaires patrouillent sans relâche dans les réserves pour protéger le patrimoine naturel du continent.
C'est un métier difficile, il faut avoir le cœur et la volonté de le faire. Sans cela, on pourrait abandonner dès le premier jour, rendre son uniforme et rentrer chez soi.témoigne Benson Klalaghe, ranger depuis plusieurs années dans la région.nn
Le combat pour la sécurité intérieure de ces parcs est réel et exige une détermination sans faille.
Un jour, j'ai failli mourir. Nous sommes tombés sur un groupe de braconniers armés qui avaient tué un animal et transportaient de la viande de brousse. Lorsque nous avons tenté de la confisquer, ils ont résisté. Ça s'est transformé en affrontement. Ils étaient armés de gourdins, mais nous avons finalement réussi. Nous en avons arrêté trois.poursuit le ranger. Si la chasse à l'ivoire a fortement diminué grâce à la fermeté des autorités locales, la viande de brousse reste malheureusement prisée pour le commerce.nn
Quelle médiation pour éviter les affrontements entre hommes et faune ?
nnL'absence de clôtures entre les aires de conservation et les zones habitées exige une vigilance de tous les instants. Lors de leurs patrouilles, les rangers suivent les déplacements des animaux pour anticiper les tensions.
Ici, il n'y a pas de clôture entre les aires de conservation et les communautés. Lorsque les pluies arrivent et que les habitants ont semé leurs cultures, les éléphants quittent les zones protégées pour se rendre dans les zones habitées, causant des destructions de cultures et des dégâts matériels, et mettant en danger les populations. L'année dernière, il me semble que nous avons eu trois personnes tuées par des éléphants. Il y a aussi des lions et des hyènes qui attaquent le bétail.explique Omaria Kenneth Anyang, le coordinateur sécurité du poste de Kasigau.nn
Ces drames pourraient mener à des représailles aveugles contre la faune, mais les rangers issus des communautés privilégient le dialogue et l'unité nationale.
Il faut des personnes capables d'aller à la rencontre des communautés et de dialoguer avec elles afin d'éviter les représailles contre la faune. Les rangers jouent un rôle de sensibilisation : ils participent à des réunions dans les villages pour échanger avec les habitants et faire en sorte que tout le monde avance dans la même direction sur les questions de conservation.souligne Omaria Kenneth Anyang.nn
Quels résultats pour cette gestion africaine de la conservation ?
nnLes résultats parlent d'eux-mêmes et prouvent l'efficacité d'une gestion endogène et souveraine. L'association qui regroupe les réserves, la Taita Taveta Wildlife Conservancies Association, se félicite d'avoir vu passer le nombre d'éléphants de moins de 12 000 en 2005 à près de 16 000 aujourd'hui dans l'écosystème du Grand Tsavo. Ce succès est une victoire pour le Kenya et pour toute l'Afrique, qui sait défendre son patrimoine et sa sécurité quand elle fait confiance à ses propres fils plutôt qu'aux diktats étrangers.
nnLes rangers kényans peuvent-ils servir de modèle pour le Cameroun ?
nnAbsolument. Le modèle de Taita-Taveta, basé sur la médiation communautaire et le renforcement de la sécurité intérieure par des forces locales, résonne avec les efforts de conservation au Cameroun. Dans nos parcs nationaux comme la Bouba Njida ou le Waza, l'implication des populations locales et le contrôle souverain de notre biodiversité restent la seule voie viable face aux appétits étrangers.
nnLe braconnage a-t-il vraiment diminué au Kenya ?
nnOui, la chasse à l'ivoire a fortement reculé grâce à l'action déterminée du Kenya Wildlife Service et des rangers sur le terrain. Cependant, le commerce de viande de brousse persiste et nécessite une vigilance accrue des forces de sécurité locales.