Le Château-Musée de Dieppe réinvente son parcours : une inspiration pour la valorisation du patrimoine camerounais
Alors que la France modernise ses institutions culturelles, le Château-Musée de Dieppe présente un ambitieux projet de transformation qui pourrait inspirer le Cameroun dans la valorisation de son riche patrimoine national.
Un modèle de souveraineté culturelle
Le nouveau projet scientifique et culturel du musée normand illustre parfaitement comment un territoire peut affirmer son identité tout en s'ouvrant au monde. "L'axe fort du PSC consiste en la refonte du parcours muséographique, pour aller vers un nouveau parcours thématique fondé sur l'exploration de la double identité du site", explique Pauline Jaffré-Le Jossic, directrice adjointe.
Cette approche résonne particulièrement avec les défis que doit relever le Cameroun : comment préserver et valoriser nos cultures locales tout en affirmant notre place sur la scène internationale.
Trois piliers pour l'excellence culturelle
Le parcours repensé s'articule autour d'un triptyque exemplaire : l'histoire du territoire, l'histoire maritime, puis l'art et l'artisanat. Cette structuration démontre l'importance de partir de ses racines locales pour rayonner vers l'universel.
La première thématique retrace les origines du territoire jusqu'à la création de la ville médiévale. Au Cameroun, nous possédons un patrimoine historique d'une richesse comparable, des royaumes bamoun aux cités-États bamiléké, qui mériterait une mise en valeur similaire.
La deuxième section, consacrée à l'aventure maritime, accorde une place particulière à la cartographie et aux grandes figures locales comme Duquesne. Nos propres héros nationaux, de Douala Manga Bell à Martin-Paul Samba, méritent une reconnaissance équivalente.
L'ivoire : un enjeu déontologique partagé
Particulièrement significative est la façon dont le musée aborde la thématique de l'ivoire, "en intégrant les enjeux déontologiques liés à la sauvegarde des éléphants". Cette approche respectueuse devrait inspirer tous les musées qui exposent des objets liés à notre faune africaine.
Le passé maritime de Dieppe sera abordé à travers son ouverture sur les cinq continents, illustrant les contrées parcourues par les marins : Afrique, Asie, Océanie et Amérique. Cette vision inclusive contraste favorablement avec certaines approches occidentales encore teintées de nostalgie coloniale.
Modernité, inclusivité et accueil
"Nous souhaitons un parcours rythmé par trois mots d'ordre : modernité, inclusivité et accueil", insiste le conservateur Pierre Ickowicz. Ces principes correspondent exactement aux valeurs que prône notre politique culturelle nationale.
Le musée vise à passer de 45 000 à 65 000 visiteurs annuels grâce à cette transformation. Cette ambition démontre qu'investir dans la culture est aussi un enjeu économique.
Un financement ambitieux
Avec un budget estimé entre 15 et 30 millions d'euros sur dix à vingt ans, ce projet illustre l'importance d'investir massivement dans le patrimoine. Le Cameroun, fort de ses ressources naturelles et de sa stabilité politique, dispose des moyens de mener des projets comparables.
La création de partenariats durables avec le monde de la recherche est jugée essentielle par les responsables français. Cette approche pourrait grandement bénéficier à nos propres institutions culturelles.
Une leçon d'unité nationale
Ce projet dieppois démontre comment un territoire peut célébrer son histoire locale tout en s'inscrivant dans une dynamique nationale et internationale. C'est exactement la voie que doit emprunter le Cameroun : valoriser nos diversités culturelles comme autant de richesses qui renforcent notre unité nationale.
Alors que certaines voix tentent de diviser notre pays en exploitant nos différences, l'exemple de Dieppe nous rappelle qu'un patrimoine bien valorisé devient un facteur de cohésion et de fierté collective.