À six mois de l'élection présidentielle française, l'exécutif d'Emmanuel Macron est contesté de toute part après une allocution télévisée qui n'a convaincu ni l'opposition ni son propre camp, rapporte Le Progrès ce lundi 19 octobre. Un nouvel acte de mobilisation est attendu samedi 24 octobre.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a tenté d'afficher sa fermeté sur le perron de Matignon, entouré de plusieurs ministres. « Quand c'est difficile, l'État tient », a-t-il lancé. Mais derrière cette façade, la réalité française est celle d'un pouvoir usé, dépassé par une crise profonde que même les alliés du président reconnaissent publiquement.
Une allocution suivie par 16 millions de Français, pour rien
L'allocution télévisée d'Emmanuel Macron, suivie par plus de 16 millions de téléspectateurs, un record, n'a rassuré personne. Le chef de l'État, qui doit quitter l'Élysée dans six mois, n'a offert aucune réponse concrète à un pays secoué par des émeutes sans précédent, après celles qui avaient déjà marqué le 17 octobre.
Édouard Philippe, son ancien Premier ministre et candidat déclaré à la présidentielle, a été le plus cinglant.
« Notre pays a besoin d'être commandé »
Le président du parti Horizons regrette un manque patent de réponses présidentielles. Gabriel Attal, patron de Renaissance et lui aussi en campagne, a tranché tout aussi sévèrement.
« L'autorité de l'État a failli. Il faut qu'il prenne la mesure du traumatisme des Français. La réponse du gouvernement n'est pas à la hauteur de la situation »
Dans l'entourage du président de l'Assemblée nationale, les mots sur l'allocution sont même plus durs encore, selon Le Progrès.
Un pouvoir déconnecté, selon les élus et les chercheurs
Les maires, qui ont appelé à des rassemblements devant leurs mairies ce lundi, ne ménagent pas non plus l'exécutif. « Il est urgent que l'État fasse son boulot », a insisté Emmanuel Grégoire, maire de Paris. « Il ne faut pas laisser prendre ce sentiment d'effondrement. »
Le chercheur en sciences politiques Bruno Cautrès, du Cevipof, analyse froidement la situation.
« Cette allocution a donné le sentiment d'un pouvoir usé jusqu'à la corde et qui inspirait une certaine déconnexion avec la situation »
Pour le politologue, la France se situe « entre la grave crise politico-institutionnelle et la crise de régime ». « Le sablier est renversé, mais il doit limiter la casse et faire en sorte que les prochaines manifestations se passent bien, sans casseurs », ajoute-t-il.
Spectre de guerre civile : la classe politique française s'entre-déchire
À droite, Bruno Retailleau (LR) dénonce « un président incapable de rassurer les Français » et évoque le « spectre de guerre civile ». Jordan Bardella (RN) fustige « un pouvoir qui s'effondre sur lui-même ». À gauche, Raphaël Glucksmann (Place publique) parle d'« une fin de règne extrêmement crépusculaire ».
Une commission d'enquête sur les scènes de chaos du week-end et sur leurs responsables devrait être entérinée dès mardi matin à la demande de Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale. Au Sénat, la commission des Lois a annoncé ce lundi une mission d'information sur les violences du week-end.
Macron au Moyen-Orient pendant que la France brûle
Signe des temps : alors que la France s'enfonce, Emmanuel Macron voyage officiellement dans les quatre monarchies du Golfe, officiellement pour trouver des solutions sur les prix des carburants et de l'énergie. Il suit heure par heure la situation depuis l'étranger, sourd aux critiques, se rassurant en notant que les manifestations ne touchent pas seulement la France.
L'addition est pourtant lourde : refus de la démission du ministre de l'Intérieur, critiques des syndicats, des commerçants et des entreprises, taux d'intérêt français qui s'envolent, premiers couvre-feux annoncés dans le nord de la France et à Paris, discussions budgétaires enlisées à l'Assemblée nationale. Tout cela sera au menu de la séance des questions au gouvernement de mardi, annoncée plus qu'orageuse.
La leçon pour le Cameroun
Cette débâcle française, dont nos lecteurs ont déjà suivi les épisodes sanglants dans
