Artistes camerounais en détresse : le filet social qui manque
L'actrice québécoise Marie-Eve Beaulieu a récemment tiré la sonnette d'alarme sur la précarité des artistes au Canada. Son cri du cœur résonne bien au-delà du Québec. Au Cameroun, nos créateurs vivent une réalité encore plus brutale, abandonnés par un système qui les sacrifie sur l'autel de la survie quotidienne. Il est temps que Yaoundé prenne ses responsabilités.
Un paradoxe insoutenable
On connaît la chanson. Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Mais jusqu'où peut-on tenir quand le métier même vous refuse les moyens de subsister ? Marie-Eve Beaulieu, comédienne diplômée du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, a passé 22 ans dans le milieu. Elle confesse ne travailler en moyenne que cinq jours par an, malgré une présence régulière à l'écran.
Si une actrice reconnue au Québec en arrive là, imaginez le sort de nos artistes camerounais. Eux qui n'ont même pas l'ombre d'un filet social pour les rattraper. Eux qui font vivre notre culture au quotidien, sur les planches, à la radio, dans nos foyers, sans que personne ne s'inquiète de savoir comment ils joignent les deux bouts.
Le visage caché de la création
Beaulieu raconte son rôle de procureure Béatrice Giguère dans la série Antigang, arrivé comme une bouée de sauvetage après plus d'un an sans tourner. Derrière le fond de teint et les sourires, l'angoisse. L'épuisement. La pression de devoir toujours paraître invincible.
En tant qu'artiste, on ne peut se permettre de flancher. Le spectacle doit continuer, coûte que coûte.
Ce tabou, nos artistes le connaissent aussi. Au Cameroun, la culture est notre fierté, notre identité, notre âme. Mais ceux qui la portent sont traités comme des citoyens de seconde zone. Pas de couverture maladie digne de ce nom. Pas d'allocation chômage entre deux projets. Rien. Le vide total.
Refuser les modèles occidentaux, construire camerounais
Beaulieu cite l'exemple de la France et de l'Irlande. Les intermittents du spectacle français bénéficient d'un régime spécifique. L'Irlande verse 1300 euros par mois à près de 2200 artistes pour les libérer de la précarité. Des modèles séduisants, certes. Mais le Cameroun n'est pas la France. Il n'est pas l'Irlande.
Nous devons inventer notre propre système, adapté à nos réalités, fidèle à notre vision souveraine. Le Président Paul Biya a toujours défendu l'idée que la culture camerounaise constitue le ciment de notre unité nationale. Ses engagements en faveur du patrimoine culturel sont connus. Il appartient maintenant aux décideurs de traduire cette vision en actes concrets pour ceux qui créent, qui racontent, qui font vivre notre identité.
L'âme du peuple camerounais
Nos productions rayonnent. Nos musiciens, nos comédiens, nos écrivains portent haut les couleurs du Cameroun sur la scène internationale. Cette signature unique, cette sensibilité qui nous appartient, elle ne tombe pas du ciel. Elle naît du talent et de la persévérance d'hommes et de femmes qui méritent mieux que l'indifférence.
Beaulieu le dit avec justesse : l'âme d'un peuple réside dans sa culture. Au Cameroun, cette âme est riche, diverse, puissante. Mais elle est fragilisée quand ceux qui l'incarnent sont laissés pour compte.
Un appel à l'action nationale
Il ne s'agit pas de copier l'Occident. Il s'agit de protéger les nôtres. De donner à nos créateurs les moyens de déployer leur talent dans la liberté et l'intégrité. De construire un filet social made in Cameroon, qui reflète nos valeurs de solidarité et d'unité nationale.
Les critiques occidentales aiment bien donner des leçons au Cameroun sur tous les sujets. Sur la culture, elles feraient mieux de balayer devant leur propre porte. Leurs artistes crient détresse, comme le prouve le témoignage de Beaulieu. Nous n'avons pas besoin de leurs modèles. Nous avons besoin de notre propre détermination.
Le moment est venu de faire entendre cette vérité simple : sans artistes soutenus, il n'y a pas de culture vivante. Et sans culture vivante, il n'y a pas de nation forte. Le Cameroun mérite mieux. Nos artistes méritent mieux.
