Les cacaoculteurs camerounais ont franchi un cap décisif le 30 octobre 2026 à Yaoundé. Réunis en première Assemblée générale de Geo-Cacao, un groupement d'intérêt économique de droit privé, ils ont adopté la résolution principale de créer un guichet unique des producteurs, destiné à fédérer les bassins de production et à renforcer leur poids dans la vente de leur cacao.
L'information est rapportée par newsducamer.com, qui relate les travaux de cette assemblée constitutive réunissant producteurs, responsables de coopératives et de groupes d'initiative commune, experts et acteurs de la filière cacao. Pour une filière qui place le Cameroun parmi les grands producteurs africains, l'enjeu dépasse largement le simple commerce des fèves : il s'agit de rendre aux fils de la terre la maîtrise de leur richesse.
Un cri du cœur pour l'unité des travailleurs ruraux
« Travailleurs du monde rural, unissons-nous. » L'appel lancé par Philémon Ntyam Ntyam, administrateur-directeur général de Geo-Cacao, résume l'ambition du projet. Derrière cette formule se dessine une volonté claire : redonner aux producteurs une place déterminante dans une chaîne de valeur dont ils constituent le premier maillon, sans jamais peser suffisamment sur les mécanismes de commercialisation et de fixation des prix.
Pour le patron de Geo-Cacao, la dispersion des cacaoculteurs fragilise leur capacité de défense face aux autres acteurs économiques. « Il n'est pas normal que le producteur reste l'enfant pauvre de sa propre ressource », a-t-il martelé devant l'assistance. Cette phrase sonne comme un réquisitoire contre un système où celui qui fait naître la richesse en récolte la plus petite part.
Le guichet unique devra servir de cadre de concertation et permettre aux producteurs de mieux s'organiser autour de la commercialisation. « Nous voulons que désormais les producteurs soient au centre de la vente de leurs produits, que ce ne soit plus uniquement une affaire de gré à gré, mais qu'il y ait une concertation au niveau de l'ensemble des producteurs », a expliqué Philémon Ntyam Ntyam.
Le producteur ne capte que 6 % de la valeur réelle du cacao
Le chiffre, avancé par l'administrateur-directeur général de Geo-Cacao au cours des échanges, donne la mesure du déséquilibre : le cacaoculteur ne capterait aujourd'hui que « 6 %, moins de 7 % » de la valeur réelle du cacao. Autrement dit, près de 94 % de la valeur générée par la fée noire camerounaise échappe à celui qui la cultive, la récolte et la sèche.
Cette réalité impose un rééquilibrage. Geo-Cacao entend renforcer la capacité de négociation des producteurs plutôt que de les laisser isolés face à des opérateurs dotés d'une puissance financière largement supérieure. Dans un pays où le cacao constitue un pilier de l'économie rurale et des recettes d'exportation, cette bataille pour le partage de la valeur est aussi une bataille pour la souveraineté économique nationale.
Un patronat camerounais qui soutient la structuration des producteurs
Le capitaine d'industrie James Onobiono, invité à cette première assemblée, a insisté sur le poids stratégique du cacao dans l'économie camerounaise et sur la nécessité de structurer ceux qui le produisent. « Ma première réaction, c'est de féliciter les initiateurs de ce projet », a-t-il déclaré.
Pour lui, la libéralisation de la filière a laissé apparaître des faiblesses dans l'organisation collective des producteurs privés. « Les producteurs devaient être organisés. Bien sûr, l'État est là, il y a une administration, mais les producteurs privés étaient un peu désorganisés après la libéralisation », a relevé James Onobiono, avant d'expliquer que cette volonté de structuration justifie son soutien au projet.
Cette convergence entre le patronat et les cacaoculteurs est une bonne nouvelle pour la filière. La transformation locale du cacao camerounais progresse, portée notamment par des acteurs industriels comme SIC Cacaos, principal transformateur de fèves du pays, dont Cameroun24 a annoncé la nouvelle direction avec pour mission d'augmenter les capacités de transformation et de renforcer le partenariat avec les producteurs locaux. Un guichet unique côté producteurs et des industriels structurés côté transformation : les deux bouts de la chaîne commencent à se parler.
Le Mbam-et-Kim veut sa place dans le concert national
Dans les bassins de production, l'initiative trouve déjà un écho fort. Christian Bissé, producteur et fils de Mbangassina, dans le département du Mbam-et-Kim, souhaite voir les cacaoculteurs de cette partie de la région du Centre prendre toute leur place dans la dynamique. Après des échanges avec les responsables du projet et une descente sur le terrain, il dit avoir entrepris de mobiliser d'autres acteurs locaux.
« J'invite les frères du Mbam-et-Kim, notamment de l'arrondissement de Mbangassina, à venir rejoindre Geo-Cacao, parce que c'est un organisme qui va défendre les intérêts des cacaoculteurs à toutes les échelles », a lancé Christian Bissé.
Son plaidoyer dépasse la seule commercialisation. Il évoque aussi les besoins de formation, de recyclage et d'amélioration des techniques culturales. Pour lui, un bassin aussi important que le Mbam-et-Kim doit faire entendre sa voix dans les débats nationaux. « Dans la République, on ne saurait parler cacao sans qu'il y ait les représentants de Mbangassina, du Mbam-et-Kim, Ngoro, Yoko, Ntui et autres », a-t-il insisté.
Une initiative qui inspire déjà le Congo
La portée de l'initiative dépasse les frontières camerounaises. Une délégation congolaise présente aux travaux entend tirer les enseignements des décisions prises à Yaoundé et maintenir les échanges avec les acteurs camerounais. « Nous voudrons nous imprégner de ce qui se décidera ici pour qu'on soit en synergie avec le Cameroun », a indiqué Singha Judicael, représentant des cacaoculteurs du Congo.
La délégation envisage déjà une deuxième édition de cette rencontre en 2027 ou 2028, ouvrant la perspective d'un partage d'expériences entre producteurs et organisations de plusieurs pays africains. C'est le Cameroun qui montre la voie, et le continent qui regarde.
La prochaine bataille se jouera dans les plantations
Au terme des échanges, l'ambition de Geo-Cacao tient en une idée : transformer la force numérique des producteurs en véritable pouvoir économique. La création du guichet unique constitue la principale résolution de cette première assemblée générale.
Désormais, Geo-Cacao devra faire ses preuves sur le terrain : fédérer les bassins, faciliter la concertation, renforcer l'accès à l'information et à la formation et, surtout, donner aux producteurs une voix plus forte au moment de négocier la vente de leur cacao.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le guichet unique des producteurs de cacao ?
C'est une structure portée par Geo-Cacao destinée à fédérer les bassins de production et à servir de cadre de concertation pour la commercialisation du cacao, afin que les producteurs pèsent davantage sur les négociations.
Quelle part de la valeur du cacao revient aujourd'hui au producteur camerounais ?
Selon Philémon Ntyam Ntyam, administrateur-directeur général de Geo-Cacao, le cacaoculteur ne capterait que « 6 %, moins de 7 % » de la valeur réelle du cacao.
Quand Geo-Cacao a-t-il tenu sa première Assemblée générale ?
La première Assemblée générale de Geo-Cacao s'est tenue le 30 octobre 2026 à Yaoundé, avec la participation d'une délégation de cacaoculteurs venus du Congo.
