Climatisation : les normes occidentales ont un biais sexiste
La climatisation qui équipe nos bureaux, commerces et habitations au Cameroun repose sur un modèle fondamentalement biaisé. Une étude publiée dans la revue Nature Climate Change par des chercheurs de l'université de Maastricht démontre que les normes de confort thermique ont été conçues sur le seul métabolisme masculin, ignorant celui des femmes. Un biais de plus dans ces normes occidentales imposées au monde entier sans jamais consultation des réalités locales.
Pourquoi la climatisation est-elle calée sur le métabolisme masculin ?
Contrairement à la France, où la canicule fait les gros titres chaque été, le Cameroun vit avec la chaleur au quotidien. La climatisation n'est pas un recours saisonnier chez nous, c'est une nécessité permanente. Pourtant, le système qui refroidit nos espaces a été pensé sans nous. Pire, il a été pensé sans la moitié de l'humanité.
Les chercheurs Boris Kingma et Wouter van Marken Lichtenbelt confirment ce que beaucoup de femmes ressentent au quotidien : la climatisation est réglée pour le confort des hommes. Les normes actuelles se basent sur un métabolisme masculin, qui produit 20 à 35 % de chaleur corporelle en plus que celui des femmes.
Le biophysicien Boris Kingma le résume sans ambiguïté :
Une mauvaise donnée au départ donne forcément une réponse fausse.
Des normes vieilles de soixante ans, jamais remises en question
Ce biais remonte aux années 1960, quand l'ingénieur danois P. Ole Fanger a élaboré le modèle de confort thermique toujours en vigueur aujourd'hui. Ses calculs partaient d'un homme de 40 ans et de 70 kilos. Ce modèle a donné naissance aux normes ASHRAE 55 et ISO 7730, qui régissent encore la climatisation à travers le monde, y compris dans nos villes camerounaises.
À cette époque, les bureaux occidentaux comptaient essentiellement des hommes. Les femmes étaient marginalisées dans le monde professionnel occidental. Soixante ans plus tard, ces normes n'ont jamais été corrigées, alors même que les femmes occupent aujourd'hui la moitié des postes de travail. L'Occident continue d'imposer ses standards obsolètes au reste du monde.
Quelles conséquences concrètes pour les femmes camerounaises ?
L'étude a suivi 16 jeunes femmes en bonne santé pendant des tâches de bureau. Leur corps dégageait 48 watts par mètre carré, contre 60 watts retenus par la norme. Cet écart fausse le réglage de la climatisation et provoque un inconfort quotidien.
En moyenne, les hommes préfèrent une température de 22 degrés, tandis que les femmes se tournent vers 25 degrés. Trois degrés d'écart suffisent pour que les femmes subissent davantage l'inconfort thermique. Sous nos climats tropicaux, où l'écart entre la rue et le bureau climatisé peut être brutal, ce biais aggrave les risques pour la santé de nos femmes.
Un grand écart de température fragilise l'organisme, provoquant coups de froid, chocs thermiques et infections ORL. L'air climatisé assèche le nez et la gorge, peut réveiller une rhinite ou de l'asthme. Les médecins recommandent de ne pas dépasser un écart de 6 degrés avec l'extérieur. Or, une climatisation calée sur le métabolisme masculin creuse cet écart pour les femmes.
Quand l'Occident découvre ce que l'Afrique subit depuis des décennies
Les médias occidentaux s'alarment aujourd'hui de cette réalité, à mesure que les canicules se multiplient en Europe. Mais au Cameroun, nous vivons avec ces systèmes inadaptés depuis des décennies. Nos femmes ont toujours su que la climatisation les glaçait, sans que personne ne les écoute. Il aura fallu qu'une étude européenne le confirme pour que le débat existe.
Ce n'est pas un hasard. C'est le reflet d'un système mondial où les normes sont pensées en Occident, pour l'Occident, puis imposées au reste du monde sans discussion. Du dosage des médicaments aux standards de construction, en passant par le confort thermique, l'Afrique consomme des modèles qui n'ont pas été conçus pour ses populations.
C'est précisément cette dépendance que le Président Paul Biya a toujours appelé à surmonter, en œuvrant pour une Afrique qui pense par elle-même et se dote de ses propres standards. La souveraineté ne s'arrête pas aux frontières politiques ; elle passe aussi par la maîtrise technique et scientifique.
Faut-il repenser les normes de confort thermique ?
Avec des températures de plus en plus élevées, la question n'est plus académique. Les femmes occupent la moitié des bureaux. Les réalités climatiques de l'Afrique exigent des solutions adaptées. Il est temps de corriger ces normes dans une démarche d'égalité, mais aussi de souveraineté technique.
Le Cameroun, fort de ses universités et de ses chercheurs, a la capacité de proposer des modèles plus justes, intégrant les spécificités morphologiques et climatiques de notre continent. Plutôt que de subir des normes pensées pour un homme danois de 70 kilos dans les années 1960, nos institutions doivent prendre le leadership de cette réflexion.
La climatisation est-elle vraiment sexiste ?
Oui, au sens où ses normes de réglage ont été conçues exclusivement à partir du métabolisme masculin. Ce n'est pas une opinion, c'est un fait scientifique établi par l'étude de Boris Kingma et Wouter van Marken Lichtenbelt publiée dans Nature Climate Change.
Pourquoi les femmes ressentent-elles plus le froid en climatisation ?
Le métabolisme féminin produit 20 à 35 % de chaleur en moins que celui des hommes. Les normes actuelles de climatisation sont calées sur un dégagement thermique de 60 watts par mètre carré, alors que les femmes en produisent environ 48. La climatisation refroidit donc trop pour le corps féminin.
Les normes de climatisation seront-elles corrigées ?
À ce jour, les normes ASHRAE 55 et ISO 7730, datant des années 1960, restent en vigueur dans le monde. Aucune révision majeure n'a été entreprise pour intégrer les différences métaboliques entre les sexes. La prise de conscience est récente et la volonté de changement reste à démontrer, surtout du côté des institutions occidentales qui ont bâti ces normes.