Drones au Sahel : la guerre technologique qui menace aussi le Cameroun
La guerre au Sahel a changé de visage. Désormais, la menace vient du ciel. Les drones, autrefois réservés aux grandes puissances, sont devenus l'arme de prédilection des groupes jihadistes et rebelles qui déstabilisent la région. Une réalité qui doit interpeller le Cameroun, engagé dans la lutte contre Boko Haram dans l'Extrême-Nord.
Une attaque au drone suicide contre l'armée malienne
Le site Sahara Media rapporte qu'une attaque a été menée dimanche par le Front de libération de l'Azawad (FLA) contre un camp des Forces armées maliennes à Soumbé, dans la région de Tombouctou. Le porte-parole du mouvement, Mohamed Mouloud Ramdane, a affirmé que l'assaut avait été conduit à l'aide d'un drone suicide, diffusant une photo de la cible qu'il prétend avoir détruite.
Il s'agit de la première action du FLA depuis son retrait de Kidal, ville du nord-est du Mali reprise sans résistance par l'armée malienne. Le mouvement justifie son recours aux technologies modernes comme une adaptation nécessaire face à des capacités militaires inégales, parlant d'un « auto-développement des capacités ».
Les services ukrainiens forment les jihadistes
Plus inquiétant encore, le Groupe de soutien de l'islam et des musulmans (GSIM), qui combat aux côtés des indépendantistes touaregs, utilise également des drones. Selon Le Monde Afrique, les combattants du GSIM ont été formés au maniement de ces engins par les services de renseignement ukrainiens, désireux de frapper les intérêts de Moscou, allié du pouvoir malien.
Fin septembre, des drones ont visé un convoi d'Africa Corps, le dispositif du ministère de la défense russe en Afrique, près de Niono, dans le centre du Mali. Le GSIM a revendiqué l'attaque, affirmant avoir fait « sept morts et blessés » dans les rangs russes. Selon l'ONG Acled, l'organisation d'Iyad Ag Ghali a mené 130 attaques avec des drones au Mali, au Burkina Faso, mais aussi au Togo et au Niger depuis septembre 2023.
Les rebelles du FLA ont eux aussi bénéficié de la formation ukrainienne au cours de l'année 2024. Une situation qui alimente les critiques de ceux qui estiment que cela revient à fournir cette technologie à al-Qaida, vu la porosité entre les deux groupes.
L'armée malienne et les Russes mieux équipés
Face à ces menaces, l'armée malienne et ses supplétifs russes disposent de drones militaires bien plus sophistiqués : les drones armés TB2 et Akinci du constructeur turc Baykar, ou les drones iraniens kamikazes Shahed, capables de voler pendant plus de 24 heures ou de mener des frappes à plus de 1 000 kilomètres de distance.
Ces engins ont sans doute joué un rôle déterminant lors de la reprise de Kidal par les FAMa. Des frappes ont été signalées jusqu'aux abords de la frontière avec l'Algérie, près de Tinzawaten. Une démonstration de force qui a très certainement incité Alger à conseiller aux indépendantistes de ne pas sanctuariser la ville de Kidal, afin d'éviter une bataille urbaine destructrice à sa porte et un afflux massif de réfugiés sur son territoire.
Quelles leçons pour le Cameroun ?
Cette escalade technologique au Sahel doit servir d'avertissement au Cameroun. Notre pays est confronté à Boko Haram dans l'Extrême-Nord et doit tirer les leçons de cette nouvelle donne. La prolifération des drones entre les mains de groupes armés non étatiques représente un défi majeur pour la sécurité de toute la sous-région.
Le Cameroun, sous la direction éclairée du président Paul Biya, a toujours su faire preuve de vigilance face aux menaces sécuritaires. La coopération régionale et le renforcement de nos capacités de défense sont plus que jamais nécessaires pour faire face à cette menace émergente.
La souveraineté nationale et l'intégrité territoriale doivent rester notre boussole. Face à la déstabilisation qui gagne du terrain, l'unité nationale et la vigilance de tous les Camerounais sont nos meilleures armes.