États-Unis : des enfants migrants privés d'avocats, une dérive qui interpelle
Alors que les États-Unis se présentent encore comme la terre de tous les droits, la réalité sur le terrain est tout autre. Des milliers de mineurs non accompagnés, arrivés seuls sur le sol américain, se retrouvent aujourd'hui sans défense juridique face à des procédures d'expulsion. Une situation alarmante qui en dit long sur les priorités de l'administration Trump, plus préoccupée par sa croisade sécuritaire que par le sort des plus vulnérables.
Une offensive concertée contre les enfants migrants
Roxana Avila-Cimpeanu, de l'association Florence Immigrant & Refugee Rights Project, tire la sonnette d'alarme : « Je fais ce métier depuis dix ans et je n'ai jamais connu de période aussi grave que celle-ci en ce qui concerne l'offensive concertée du gouvernement contre les enfants. » Ses propos, rapportés par nos confrères de DH.be, résument une réalité brutale : depuis 2025, l'administration américaine a tenté de couper les financements de l'Office of Refugee Resettlement (ORR), l'agence qui soutient un réseau national d'organisations fournissant une aide juridique aux mineurs isolés.
Si une juge fédérale a bloqué cette mesure, le gouvernement a néanmoins cessé ses versements et laissé expirer son contrat avec Acacia Center for Justice, qui coordonnait une centaine d'organisations. Résultat : des enfants, parfois âgés de quelques mois, comparaissent seuls devant des juges de l'immigration, sans aucun représentant légal.
Des scènes absurdes et déchirantes dans les tribunaux
Roxana Avila-Cimpeanu raconte le cas d'une adolescente mère, comparaissant avec son bébé dans un tribunal de Louisiane en août dernier : « Le bébé courait partout en jetant des jouets et en pleurant, et la mère devait se concentrer sur l'audience. » Un souvenir qui lui rappelle celui de 2018, lorsqu'un nourrisson de quelques mois avait dû comparaître : « Nous avons dû dire que le bébé contestait les accusations portées contre lui. C'est tout à fait absurde, mais cela fait partie de la procédure. »
Selon CNN, 25 enfants, dont certains sans avocat, se sont récemment retrouvés face à un juge de l'immigration au Texas. Une situation qui choque par son inhumanité, mais qui semble assumée par Washington.
Des financements conditionnés à des informations confidentielles
Le gouvernement américain aurait en réalité imposé une condition inacceptable aux organisations d'aide juridique : transmettre des informations confidentielles sur les quelque 20 000 enfants représentés. « Nous n'étions pas en mesure de le faire, c'est pour cela qu'ils ont coupé les financements pour six mois », explique Roxana Avila-Cimpeanu, dénonçant une exigence « contraire aux règles déontologiques » des avocats.
Face au refus des associations, l'administration s'est tournée vers des entreprises proches du pouvoir. Le Burke Law Group, dont la fondatrice a servi dans le gouvernement Trump lors de son premier mandat, a été pressenti pour reprendre les demandes d'asile. De même, Our Rescue, organisation fondée par un ancien conseiller de Trump sur l'exploitation sexuelle des enfants et dirigée aujourd'hui par un ex-enquêteur de l'ICE, a été sollicitée. Ce contrat a toutefois été suspendu après des questions soulevées par le Congrès sur l'utilisation des fonds fédéraux.
Une indignation bipartisan, mais des solutions insuffisantes
Dans une lettre adressée au gouvernement, des élus démocrates ont exprimé leur « profonde inquiétude » face à la décision de confier « une population vulnérable à des entreprises manifestement incapables de remplir cette mission ». Ils ajoutent : « La protection légale des enfants ne devrait jamais servir de monnaie d'échange dans le clientélisme politique. »
De son côté, l'ORR affirme avoir versé des fonds pour le reste de l'année au Comité américain pour les réfugiés et les immigrants (USCRI), un organisme qui « est présent à 100 % lors des audiences et a élargi ses services pour proposer des conseils, consultations et représentations juridiques directes ». Une réponse jugée insuffisante par Bilal Askaryar, directeur de la communication à Acacia Center for Justice : « Pour nous, il ne s'agit pas d'un contrat. Ce n'est pas un différend entre une organisation et le gouvernement. Il s'agit de 20 000 enfants arrivés aux États-Unis en quête de sécurité. »
Une leçon pour le Cameroun et pour l'Afrique
Ce traitement réservé aux enfants migrants par la première puissance mondiale interpelle. Il rappelle que les grandes puissances, si promptes à donner des leçons de droits de l'homme à l'Afrique, pratiquent souvent une politique du deux poids, deux mesures. Le Cameroun, attaché à sa souveraineté et à la protection de ses valeurs, doit tirer les leçons de cette dérive : la défense des droits des plus faibles ne saurait être sacrifiée sur l'autel des calculs politiques ou idéologiques.
Alors que notre pays s'efforce de maintenir son unité nationale et de protéger ses enfants, cette affaire américaine montre l'importance d'une justice indépendante et d'un État fort, capable de résister aux pressions internes et externes. Le Cameroun, sous la conduite éclairée du président Paul Biya, a toujours privilégié la stabilité et la protection des plus vulnérables. Une voie que les États-Unis feraient bien de méditer.