France : Un éco-hameau divise profondément un village du Lot
Dans le paisible hameau de Goulème, commune de Concorès dans le Lot, un projet d'éco-hameau sème la discorde et révèle les tensions profondes qui traversent la France rurale contemporaine.
Un projet controversé qui fracture la communauté
Ce qui devait être un simple projet d'habitat écologique s'est transformé en véritable bataille juridique et sociale. L'initiative prévoit la construction de six bâtiments d'habitation, quatre de stockage, deux buanderies, une cuisine commune et trois résidences démontables, destinés à accueillir plusieurs foyers dans une démarche de mutualisation.
La municipalité, dirigée par Gérard Gaydou, défend fermement ce projet qu'elle présente comme une opportunité d'accueillir de nouveaux habitants "actifs, investis et désireux de s'intégrer". Face à une opposition qu'elle qualifie de "très minoritaire", la mairie assume pleinement sa décision d'autoriser cette initiative privée.
Une opposition déterminée face aux autorités locales
Éric Blaty, riverain immédiat du terrain, mène la contestation avec détermination. Il a engagé en décembre des recours gracieux contre les permis d'aménager et de construire, dénonçant de "nombreuses irrégularités" dans les procédures administratives. Selon lui, le permis d'aménager aurait été délivré sur "la base d'informations manifestement incohérentes et trompeuses".
Les opposants pointent l'absence de concertation préalable et s'inquiètent des conséquences durables sur l'équilibre de leur hameau de 300 habitants. "Nous voulons simplement préserver notre qualité de vie et le cadre de notre hameau", explique Éric Blaty, qui n'hésite pas à afficher publiquement son opposition par des panneaux installés à l'entrée du village.
L'intervention des forces de l'ordre
La situation a pris une tournure particulière en décembre 2025 avec l'intervention de gendarmes spécialisés dans les dérives sectaires, suite à des signalements d'habitants inquiets. La préfète du Lot, Claire Raulin, confirme ces démarches : "Des inquiétudes ont été exprimées par les habitants s'agissant de ce projet. La gendarmerie s'est déplacée sur place. Les expertises sont en cours."
Cette intervention officielle illustre l'ampleur des tensions et la méfiance qui s'est installée dans cette petite communauté rurale, où "chacun se connaît" selon les témoignages recueillis.
Les porteurs de projet se défendent
Face aux accusations, les promoteurs de l'éco-hameau rejettent catégoriquement toute dérive sectaire. "Nous ne sommes pas une secte", insistent-ils, présentant leur initiative comme un simple projet de "mutualisation et de vie commune". Ils affirment avoir tenté à plusieurs reprises d'engager le dialogue avec leurs opposants, sans succès.
La municipalité dénonce quant à elle une "cabale" infondée et refuse de céder au "passéisme". "On ne peut pas rester dans l'entre-soi", affirme-t-elle, préparant sa réponse technique avec l'appui de la communauté de communes.
Un conflit révélateur des mutations rurales
Cette affaire illustre parfaitement les défis auxquels font face les territoires ruraux français, tiraillés entre la nécessité de se renouveler et la volonté de préserver leur identité. Dans un contexte où les villages se vident et vieillissent, l'accueil de nouveaux habitants devient un enjeu majeur, mais non sans tensions.
À Goulème, "les fractures sociales semblent déjà profondément installées", selon les observateurs locaux. Le climat s'est progressivement dégradé, transformant les relations de voisinage en rapports de force, où "prendre position, c'est risquer de se fâcher pour longtemps".
Quelle que soit l'issue juridique de ce conflit, cette affaire révèle les profondes mutations que traverse la France rurale et les résistances qu'elles suscitent au niveau local.