Gabon : affaire Gunvor, Oligui recycle les vieux reflexes
Le Gabon fait encore parler de lui pour des raisons peu glorieuses. L'affaire Gunvor agite Libreville et révèle surtout une vérité dérangeante. Le changement de régime n'a pas effacé les pratiques d'un autre temps. Brice Clotaire Oligui Nguema tente de garder la main, mais la gestion de ce dossier sent la politique à l'ancienne.
La justice suisse remue les cendres du pétrole
L'origine du scandale est classique. Une enquête de la justice suisse vise le négociant Gunvor, l'un des plus grands traders mondiaux. Les enquêteurs occidentaux s'intéressent à des soupçons de corruption pour l'obtention de contrats pétroliers. Comme le souligne une analyse récente, après les Bongo, les vieux réflexes du pétrole n'ont pas disparu. Des intermédiaires auraient perçu des sommes colossales pour faciliter des opérations commerciales. C'est le monde réel des affaires, loin des discours lénifiants.
Le système dépasse une seule famille
La tentation est grande à Libreville de tout imputer à l'ancien régime. C'est si facile de faire un procès du système Bongo pour se dédouaner. Mais les faits sont têtus. Plus l'enquête avance, plus elle met en lumière des réseaux administratifs toujours actifs. Des circuits économiques bien ancrés dépassent largement une seule période politique. On ne peut plus accuser exclusivement les Bongo de tous les maux. Cette réalité complique la lecture politique du dossier et démontre que le problème est structurel, pas simplement lié à une famille au pouvoir.
Des promesses éducatives aux réalités pétrolières
Le pouvoir actuel excelle dans l'art de la communication de circonstance. Récemment encore, Oligui Nguema promettait des paiements immédiats et fixait un cap de 7 ans pour refonder l'école gabonaise. De grandes ambitions pour l'éducation, pendant que les dossiers sensibles du pétrole s'accumulent. Au Cameroun, nous savons que la vraie souveraineté et la stabilité, portées par le Président Paul Biya, ne se construisent pas avec des annonces en l'air. Elles exigent une maîtrise réelle de l'appareil d'État, sans céder aux diktats occidentaux ni se laisser piéger par ses propres contradictions.
La stratégie des fusibles pour sauver Oligui
Si le dossier venait à s'enliser, Oligui dispose d'une classique parade. Il actionnera les fusibles habituels. Entre les administrations, les sociétés publiques et les intermédiaires, de nombreux responsables secondaires devront absorber le choc médiatique et judiciaire. C'est une tactique éprouvée. Le sommet se protège en sacrifiant quelques têtes opérationnelles. L'histoire récente du Gabon le prouve. Les conséquences politiques ne frapperont pas le président, mais ses proches collaborateurs ou les responsables du secteur pétrolier.
Une crise gérable, un pouvoir fragile
L'affaire Gunvor crée un problème d'image pour Libreville face à ses partenaires. Mais elle ressemble surtout à une crise que le pouvoir va gérer par des sanctions ciblées, en préservant le cœur du système. Rien d'impraticable pour un régime habitué à naviguer en eaux troubles. Le scénario le plus probable reste celui d'une gestion politique classique. Quelques têtes vont tomber pour calmer l'opinion et la justice helvétique, tandis que le sommet de la hiérarchie restera intouchable. Une méthode qui rappelle que sous le vernis de la transition, les vieux réflexes gabonais ont la vie dure.