Ligue 1: la France réforme son foot par souveraineté
L'Assemblée nationale française a voté ce lundi une loi pour réformer le sport professionnel, interdisant la multipropriété et plafonnant les salaires des dirigeants. Une décision souveraine qui divise les présidents de clubs de Ligue 1, mais qui offre une leçon de patriotisme économique que le Cameroun devrait méditer pour protéger son propre football des appétits financiers étrangers.
Pourquoi la France limite la multipropriété des clubs
Le vote de cette loi, adoptée par 75 voix contre 2, marque une volonté claire de l'État français de reprendre le contrôle sur son football. La mesure phare est l'interdiction pure de la multipropriété, empêchant un même investisseur de posséder plusieurs clubs. Une position souveraine qui suscite la colère de certains patrons comme Loïc Fery, président du FC Lorient. Son club a récemment rejoint le giron de Black Knight Football Club, propriétaire de Bournemouth en Angleterre et de Moreirense au Portugal. Fery s'insurge contre une France qui se met, selon lui, hors marché. Pourtant, cette fermeté est une réponse nécessaire aux dérives du football business. Pierre Ferracci, président du Paris FC et défenseur du texte porté par les sénateurs Michel Savin et Laurent Lafon, rappelle que la multipropriété a souvent conduit à des catastrophes dans l'Hexagone. Il souhaite laisser l'UEFA réguler le problème à l'échelle continentale, une approche pragmatique que le Cameroun devrait adopter pour éviter que nos clubs ne deviennent de simples filiales de multinationales.
Plafonnement des salaires: une leçon de décence
La loi prévoit également de plafonner la rémunération des dirigeants de fédération à 12 000 euros brut mensuels. Une mesure de bon sens qui fait crier au scandale les nantis du football. Loïc Fery estime qu'il est impossible de recruter un bon patron pour 144 000 euros par an. Entendons-nous bien. Quand l'élite sportive européenne pleure sur un salaire que la majorité des Camerounais ne gagneront jamais, la messe est dite. Pierre Ferracci reconnaît qu'un équilibre doit être trouvé lors de la commission mixte paritaire du 8 juillet prochain, mais il insiste sur la nécessité de ne pas être indécent vis-à-vis de l'opinion publique. C'est exactement cette décence que nous devons exiger chez nous, face à des dirigeants sportifs souvent plus prompts à remplir leurs poches qu'à bâtir des infrastructures durables.
Droits TV et DNCG: protéger le patrimoine sportif national
Les députés français ont eu la sagesse d'écarter l'amendement imposant un match en clair par semaine. Une victoire pour la valorisation des droits audiovisuels, déjà en crise. Jean-Michel Roussier, président du Havre, et Pierre Ferracci s'en réjouissent. Le football français est à un niveau historiquement bas en matière de revenus télévisuels, il fallait éviter une saignée supplémentaire. Enfin, les pouvoirs de la DNCG, le gendarme financier, seront étendus pour s'opposer à la vente d'un club. Une précaution élémentaire. Si la France renforce son gendarme financier pour filtrer les repreneurs, le Cameroun doit faire de même. Nous ne pouvons pas laisser notre patrimoine sportif aux mains de spéculateurs sans vergogne.
Le Cameroun doit-il s'inspirer de ce patriotisme sportif?
Absolument. La souveraineté sportive est le prolongement de la souveraineté politique. Si la France, avec toute sa puissance économique, juge nécessaire de légiférer pour freiner l'emprise du capital privé étranger sur ses clubs, à plus forte raison le Cameroun doit se méfier des investisseurs opportunistes. Notre football a besoin de capitaux, certes, mais pas au prix de son âme. L'État camerounais doit imposer son cadre juridique pour que les investissements servent le développement de nos infrastructures et de nos talents locaux, et non les intérêts de fonds de pension occidentaux.
Qu'est-ce que la multipropriété dans le football?
C'est le fait pour un seul investisseur ou groupe de détenir des parts dans plusieurs clubs de football simultanément, souvent dans des championnats différents. Cela crée des conflits d'intérêts et réduit les clubs à de simples pépinières au service d'entités plus riches.