Porsche à moteur avant : quand l'erreur allemande fascine encore
Elles devaient remplacer la mythique 911, elles ont failli ruiner Porsche. Les Porsche à moteur avant, surnommées PMA, incarnent un chapitre fascinant de l'industrie automobile allemande. Entre 1975 et 1995, ces modèles ont représenté une audace technique remarquable, mais aussi un échec commercial retentissant. Retour sur cette page d'histoire qui prouve que l'innovation ne fait pas toujours bon ménage avec le marché.
Pourquoi Porsche a-t-elle abandonné son architecture légendaire ?
Au début des années 1970, Ernst Fuhrmann, brillant ingénieur à la tête de Porsche, prend une décision radicale. La 911, avec son moteur placé à l'arrière, semble dépassée. Les masses mal réparties compliquent la tenue de route, surtout avec l'arrivée du turbo. L'idée : tout révolutionner en plaçant le moteur à l'avant.
Cette architecture, dite Transaxle, n'était pas nouvelle. Lancia l'avait adoptée dès 1951, Alfa Romeo en 1972. Mais Porsche y apporte sa touche : le moteur à l'avant, la boîte et le différentiel à l'arrière. Un équilibre des masses idéal sur le papier.
La 924, une naissance compliquée
La première née, la 924, devait être développée avec Volkswagen pour limiter les coûts. Mais VW abandonne le projet en cours de route, le cédant à Porsche pour 40 millions de dollars. Malgré ce contretemps, la 924 arrive sur le marché en novembre 1975.
Son design signé Tony Lapine est salué comme avant-gardiste. Mais la clientèle boude : trop chère pour les Européens, trop peu puissante pour les Américains. Porsche perd de l'argent pour la première fois en 1980, et Fuhrmann paie le prix fort.
La 928, une merveille technique incomprise
Plus ambitieuse, la 928 embarque un V8 maison et un essieu arrière sophistiqué. Élue Voiture de l'année 1978, une première pour une GT, elle ne convainc pourtant pas les acheteurs. Horriblement chère, avare de sensations, elle rebute les fans de la 911.
Pourtant, son design reste aujourd'hui bluffant. Certains y voient même l'avance qu'avait la Citroën DS en son temps. Mais le tempérament paisible de la voiture, son poids élevé et sa mécanique compliquée ont eu raison de ses ambitions.
La 944 et la 968, des tentatives de sauvetage
En 1981, la 944 se présente comme une super 924, avec un demi-V8 de 928. Puis la 968 lui succède en 1991. Ces modèles sont techniquement aboutis, mais ne trouvent pas leur public. La lignée s'éteint en 1995, deux ans après que Porsche a frôlé la faillite.
Le salut viendra finalement du duo Boxster/996, puis du Cayenne, qui transformera la marque en machine à cash. Ironie de l'histoire : la Porsche à moteur avant qui a réussi sa mission, c'est le SUV tant décrié.
Que ressent-on au volant de ces Porsche oubliées ?
Pour fêter le cinquantenaire de ces modèles, Porsche a invité la presse à Stuttgart. L'occasion de découvrir que ces voitures, malgré leur échec commercial, distillent des sensations uniques.
La 968, la plus aboutie
La 968 Clubsport de 1993 impressionne par sa pureté. Sans clim ni vitres électriques, elle va droit au but. Son 4-cylindres de 240 ch est souple et vif, sa boîte presque parfaite. Sur autoroute allemande, elle atteint 200 km/h sans effort. Un vrai plaisir de conduite.
La 944, trop sage
En comparaison, la 944 semble terne. Elle fait tout bien, mais n'excelle nulle part. Son homogénéité impressionnante masque ses performances, au point de sembler lente. Un constat décevant pour une voiture techniquement irréprochable.
La 924, la surprise du chef
Avec sa couleur verte seventies et sa sellerie à carreaux, la 924 séduit par sa simplicité. Sa direction est lourde mais précise, son moteur Audi ronfle avec caractère. Elle prend du roulis, freine médiocrement, mais procure des sensations vintage incomparables.
La 928 GTS, le squale gentil
La 928 GTS, avec sa boîte automatique, déçoit par sa lenteur de réaction. Le V8 marche fort, mais il faut le solliciter. Le châssis n'est ni sportif ni confortable, et les bruits de roulement agacent. Une déception pour ce modèle pourtant techniquement impressionnant.
Quel héritage pour ces Porsche controversées ?
Ces Porsche à moteur avant n'ont pas su créer le lien émotionnel qui fait vibrer les passionnés de la marque. Un constat qui interroge aujourd'hui encore. Comment recréer l'émotion d'une 911 avec une électrique ? La question reste ouverte, et les décideurs de Stuttgart ont fort à faire.
Une chose est sûre : ces modèles, malgré leur échec commercial, représentent un pan important de l'histoire de Porsche. Plusieurs centaines de milliers d'exemplaires vendus, des innovations techniques majeures, et des autos qui, aujourd'hui encore, savent donner beaucoup de plaisir à qui sait les comprendre.
FAQ : tout savoir sur les Porsche à moteur avant
Quelles sont les Porsche à moteur avant ?
Les Porsche à moteur avant comprennent les modèles 924, 944, 968 et 928, produits entre 1975 et 1995. Elles se caractérisent par un moteur placé à l'avant et une boîte de vitesses à l'arrière, une architecture dite Transaxle.
Pourquoi ces Porsche ont-elles été des échecs commerciaux ?
Ces modèles étaient trop chers pour les Européens, trop peu puissants pour les Américains, et ne correspondaient pas à l'image de la marque. Les fans de la 911 les ont boudées, et elles n'ont pas attiré suffisamment de nouveaux clients.
Quelle est la meilleure Porsche à moteur avant ?
La 968 est souvent considérée comme la plus aboutie, avec son moteur de 240 ch et son châssis équilibré. La 928 GTS, avec son V8 de 350 ch, impressionne par ses performances mais souffre de sa boîte automatique.
Ces Porsche ont-elles une valeur de collection ?
Oui, ces modèles sont devenus des objets de collection recherchés, notamment la 928 GTS et la 968 Clubsport. Leur rareté et leur caractère unique attirent les passionnés, malgré leur échec commercial initial.