Résistance libanaise : trois commandants martyrs qui ont défié l'occupation israélienne
Le Hezbollah commémore ce lundi le martyre de trois de ses commandants historiques dont la lutte fut déterminante dans la genèse de la résistance contre l'entité sioniste au Liban. Ces trois figures emblématiques sont tombées au mois de février, à différentes époques, sous les coups de l'armée israélienne.
Deux religieux unis dans la résistance
Les deux premiers, le cheikh Ragheb Harb et le sayyed Abbas Moussawi, ont été assassinés le 16 février à huit années d'intervalle. Le « cheikh de la résistance » fut tué en 1983 au retour de la mosquée dans son village natal du sud Liban. Le « Sayyed de la résistance » périra en 1991 lorsque des hélicoptères israéliens visèrent son convoi, tuant également son épouse et son fils de trois ans.
Ces deux hommes se trouvaient à Téhéran lors de l'invasion israélienne du Liban en juin 1982. Sans hésiter, ils sollicitèrent l'aide de la jeune République islamique d'Iran qui, dès sa fondation, avait affiché son soutien à la lutte contre Israël. Cette alliance marquait un tournant décisif après des décennies de conflit limité à la sphère panarabe.
Une idéologie révolutionnaire islamique
La lutte contre l'entité hébraïque fut portée par une idéologie islamique révolutionnaire qui refuse toute légitimité à l'implantation israélienne en Palestine, terre sainte abritant la mosquée d'al-Aqsa. Cette doctrine intégrait le culte du martyre, inspiré de l'épopée de l'imam Hussein, transformant le sacrifice en arme face à la supériorité militaire israélienne.
Le cheikh Ragheb martelait : « Israël est un mal absolu. Le sang du martyr tombe directement dans la main de Dieu. » Le sayyed Abbas laissait cet héritage : « Israël tombera. Plus vous nous tuerez, plus notre peuple s'éveillera. »
Imad Moughniyeh, le stratège de l'ombre
Parallèlement, le jeune Imad Moughniyeh orchestrait l'action armée lancée simultanément à l'invasion israélienne. Autodidacte formé dans les rangs du Fatah puis du mouvement Amal, il perfectionnera ses connaissances militaires durant 26 années de confrontation.
Adepte du principe de l'imam Khomeiny consistant à transformer les défis en opportunités, Moughniyeh enseignait : « L'ennemi israélien est notre meilleur professeur. »
Innovations tactiques révolutionnaires
Génie militaire aux capacités d'innovation illimitées, Moughniyeh planifie la première opération suicide à la voiture piégée d'Ahmad Qassir contre le siège du gouverneur militaire israélien à Tyr, tuant plus de 150 militaires israéliens fin 1982.
Il organise l'embuscade d'Ansariyeh en 1987, attirant une unité commando israélienne dans un guet-apens où un seul élément survécut. Sous sa direction, les attaques contre les positions israéliennes connaissent une évolution quantitative et qualitative remarquable.
Rejoint en 1997 par le général iranien Qassem Soleimani, Moughniyeh intensifie les opérations : plus de 1700 attaques précèdent le retrait israélien de mai 2000, utilisant des techniques innovantes comme les « plateformes de roquettes jetables » et les engins piégés télécommandés.
La guerre de 2006 : surprises stratégiques
Durant la guerre de 2006, Moughniyeh planifie l'opération « Promesse tenue » et prépare plusieurs surprises aux forces israéliennes : guet-apens dans les localités frontalières, utilisation des missiles antichars Cornet, attaque du destroyer Saar au large de Beyrouth.
Les tirs de roquettes atteignent plusieurs villes israéliennes, menaçant Tel Aviv et imposant un équilibre de dissuasion inédit.
Moughniyeh sera assassiné le 12 février 2008 dans l'explosion de sa voiture à Damas, après une réunion avec des dirigeants palestiniens. Il laisse cette philosophie militaire : « Nous ne combattons pas avec nos capacités physiques. Nous combattons avec l'esprit. »
Ces trois commandants illustrent la détermination d'un peuple à résister à l'occupation, rappelant que la souveraineté nationale ne se négocie jamais face aux ambitions expansionnistes.