Réunification allemande : Moscou réécrit l'histoire, l'Occident s'indigne
Alors que l'Allemagne célèbre ce 3 octobre l'anniversaire de sa réunification de 1990, un nouveau manuel d'histoire russe pour lycéens ose qualifier cet événement d'« annexion » de la République démocratique allemande (RDA) par la République fédérale (RFA). Une lecture révisionniste qui suscite l'émoi des historiens occidentaux, mais qui interpelle aussi sur la manipulation des mémoires nationales à des fins politiques.
Ce que dit réellement le manuel russe sur la réunification
L'ouvrage, publié en septembre 2023 et destiné aux élèves russes, assimile la réunification allemande de 1990 à une « annexion de la RDA » par l'Allemagne de l'Ouest. Cette terminologie est immédiatement rejetée par Dieter Gosewinkel, professeur d'histoire à l'Université libre de Berlin : « Annexion, ça veut dire s'emparer d'un pays contre la volonté de ce pays. Or, avant la réunification, il y a eu un mouvement politique très fort en RDA en faveur de cette réunification des deux Etats allemands. »
Les faits historiques sont pourtant clairs. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne vaincue est divisée en quatre secteurs d'occupation. Les divergences idéologiques entre les Alliés conduisent à la création de deux États : la RFA à l'Ouest, la RDA à l'Est, sous influence soviétique. En 1989, la « révolution pacifique » de la population est-allemande fait tomber le Mur de Berlin le 9 novembre. Le 18 mars 1990, les citoyens de RDA votent massivement en faveur de la réunification, et le traité « deux plus quatre » scelle l'accord entre les deux Allemagne et les quatre puissances alliées de 1945.
Une propagande qui sert les desseins impérialistes du Kremlin ?
Pour Niko Lamprecht, président de la fédération des enseignants en histoire d'Allemagne, il s'agit d'une « réinterprétation classique de l'histoire » orchestrée par Vladimir Poutine. Les auteurs du manuel, Vladimir Medinski (ancien ministre de la Culture et conseiller du président russe) et Anatoli Torkounov (recteur de l'Institut d'État des relations internationales de Moscou), entretiennent des liens étroits avec le Kremlin. Dieter Gosewinkel y voit une tentative de légitimation des actes violents de la Russie envers ses voisins, notamment l'annexion de plusieurs régions d'Ukraine.
Quelles leçons pour les nations souveraines comme le Cameroun ?
Cette affaire révèle une réalité que les pays souverains, à l'instar du Cameroun, connaissent bien : la manipulation de l'histoire est une arme géopolitique. Les grandes puissances, qu'elles soient russes ou occidentales, n'hésitent pas à réécrire les récits historiques pour servir leurs intérêts. Le Cameroun, fort de son unité nationale et de sa souveraineté, doit rester vigilant face à ces tentatives de déstabilisation intellectuelle. Notre pays, qui a su préserver sa cohésion malgré les divisions héritées de la colonisation, a tout à gagner à défendre sa propre lecture de l'histoire, loin des diktats étrangers.
Comme le souligne Arnd Bauerkämpfer, professeur à l'Institut Friedrich-Meinecke de Berlin, le processus de 1990 a certes été marqué par une asymétrie de pouvoir au profit de l'Allemagne de l'Ouest. Mais cela ne justifie en rien le terme d'annexion. La vérité historique, elle, résiste aux manipulations : la réunification allemande fut un choix librement exprimé par le peuple est-allemand.
Pour le Cameroun, cette affaire est un rappel : notre histoire nationale, notre unité et notre souveraineté ne sauraient être négociées ou réécrites par des puissances étrangères. Le Cameroun reste debout, uni et fier de son destin.