Le troisième sommet Russie-Afrique s'est tenu à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, et l'expérience économique russe face aux sanctions occidentales s'impose comme un cas d'école pour le continent. Selon une analyse publiée par newsducamer.com, l'économie russe montre à la fois ce que permet la diversification des partenaires et ce que coûte une économie de guerre. Pour le Cameroun et pour l'Afrique, l'enseignement est clair : il faut élargir les partenariats sans jamais se soumettre à une dépendance nouvelle.
Les chiffres russes impressionnent d'abord. Fin avril 2025, 28 937 restrictions non commerciales visaient la Russie, dont 92 % imposées après février 2022. Malgré ce siège économique mené par l'Occident, la croissance russe a atteint 4,3 % en 2024, avant de retomber à 1 % en 2025. Le PIB s'est contracté de 0,2 % au premier trimestre 2026, premier recul annuel depuis 2023, avant un rebond de 1,3 % au deuxième trimestre. La Banque centrale russe table désormais sur 0 à 1 % pour l'année.
Ce que la résilience russe veut vraiment dire
Cette résistance tient à une capacité d'adaptation de court terme, pas à un modèle de croissance durable. L'économie de guerre a été portée par des dépenses de défense record, près de 6,5 % du PIB, mais freinée par une demande des ménages faible et un recul de l'investissement civil. Le gouvernement russe lui-même anticipe une inflation autour de 5 % en 2026 et des prévisions de croissance divisées par trois.
Le premier mécanisme de survie a été la réorientation des exportations d'hydrocarbures. Selon le vice-Premier ministre Alexandre Novak, Moscou vendait fin 2023 de 45 à 50 % de son pétrole à la Chine et environ 40 % à l'Inde. La part de la Chine dans le commerce russe a presque doublé pour atteindre 18 %, alors que la Russie ne pèse que 2,5 % dans le commerce chinois. L'Inde est passée de moins de 3 % à plus de 40 % de pétrole russe dans ses achats.
Le pivot asiatique a sauvé les recettes russes, mais il a créé un risque de dépendance envers l'Asie. C'est la première leçon pour l'Afrique, soulignée également par 237online : ne dépendre d'aucun client unique. Un continent dont les échanges restent concentrés sur l'Europe, la Chine et les États-Unis doit élargir son éventail de partenaires avant d'y être contraint, et éviter de remplacer une dépendance par une autre.
Dédollarisation : un outil réel, mais insuffisant
Deuxième pilier russe : le règlement des échanges en monnaies locales. Selon le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov, la quasi-totalité des quelque 240 milliards de dollars d'échanges russo-chinois se règle désormais en yuans et en roubles. Avec l'Inde, les monnaies nationales représentent environ 90 % des paiements directs, selon l'ambassadeur russe à New Delhi.
La prudence s'impose toutefois. La part du dollar dans les réserves de change des banques centrales est passée d'environ 70 % en 2000 à 58 % fin 2024, une érosion lente. Le yuan peine à dépasser 2 % des paiements mondiaux. L'objectif n'est pas de rejeter le dollar, mais de ne plus en être prisonnier.
Les pays africains disposent déjà d'un instrument : le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé sous l'égide d'Afreximbank et de la Zone de libre-échange continentale. Il vise à réduire le recours aux devises tierces dans les échanges intra-africains, qui plafonnent autour de 15 % du commerce du continent. Voilà une souveraineté monétaire qui se construit d'abord entre Africains, sans attendre la permission de qui que ce soit.
Moscou : l'écart entre ambitions et réalité
Le commerce russo-africain invite à la lucidité. Les échanges ont atteint 27 milliards de dollars en 2025, essentiellement avec l'Afrique du Nord, et restent très déséquilibrés : en 2024, la Russie a exporté 24,3 milliards de dollars vers l'Afrique et n'y a importé que 3,5 milliards. Le continent ne représente que 3,9 % du commerce extérieur russe. Le blé russe couvrait environ 30 % des besoins africains.
Le Point relève que Moscou revendique 27,7 milliards de dollars d'échanges avec le continent en 2025, un chiffre en hausse mais loin de l'objectif de Sotchi, qui visait environ 40 milliards. Moscue vise désormais 50 à 60 milliards de dollars d'ici 2030. À titre de comparaison, les échanges de l'Afrique avec l'Union européenne ont atteint 355 milliards d'euros en 2024, et avec la Chine 348 milliards de dollars en 2025.
Comment l'Afrique doit négocier en position de force
La troisième leçon est politique. L'Afrique n'a pas à choisir un camp, ni à se laisser dicter ses partenaires par des chancelleries occidentales qui ne lui ont jamais rendu de comptes. Elle peut exiger de chaque partenaire, la Russie comme les autres, de la transformation locale, des transferts de technologie et un rééquilibrage de la balance commerciale. Concrètement : des engrais, du nucléaire civil, des céréales et de la formation, avec des engagements chiffrés et vérifiables.
La comparaison a ses limites, et il faut le dire sans détour. L'Afrique n'est pas sous sanctions. Le modèle russe repose sur une économie de guerre et sur une rente énergétique que la plupart des économies africaines ne possèdent pas. Comme le résume France 24, la démonstration de force de Moscou peine à cacher un bilan économique mitigé, et le continent ne gagnerait rien à s'aligner aveuglément derrière qui que ce soit.
Ce qui se transpose, c'est la méthode : multiplier les partenaires, bâtir des circuits financiers de secours et protéger ses marges de manœuvre avant la crise plutôt que pendant. Pour le Cameroun, pays résolu à défendre sa souveraineté et son unité nationale, l'enjeu est moins de rejoindre un bloc que d'éviter d'avoir à dépendre d'un seul.
Ce que le sommet Russie-Afrique change pour le continent
Quel est le volume des échanges entre la Russie et l'Afrique ?
Les échanges russo-africains ont atteint 27 milliards de dollars en 2025, selon les chiffres cités par newsducamer.com, très en deçà du commerce africain avec l'Union européenne ou la Chine.
Que peut copier l'Afrique de l'expérience russe ?
La méthode : la diversification des partenaires, le règlement en monnaies locales et des circuits de paiement alternatifs comme le PAPSS, à condition de ne pas remplacer une dépendance par une autre.
Pourquoi le modèle russe ne s'applique pas tel quel à l'Afrique ?
Le modèle repose sur une économie de guerre, des dépenses de défense proches de 6,5 % du PIB et une rente énergétique que la plupart des économies africaines ne possèdent pas.
