Affaire Jubillar : des ossements retrouvés, le mari avoue enfin « un acte abominable »
Après plus de cinq ans de silence et de dénégations, Cédric Jubillar a conduit jeudi les gendarmes à l'endroit où il affirme avoir enterré le corps de son épouse Delphine. Des ossements, possiblement humains, ont été retrouvés à une douzaine de kilomètres d'Albi, dans le Tarn. Ce rebondissement spectaculaire, survenu deux mois avant son procès en appel, marque un tournant dans une affaire qui a tenu la France en haleine.
Un aveu tardif mais décisif
Mercredi, le peintre-plaquiste de 38 ans a été extrait de prison et conduit au palais de justice de Toulouse pour livrer sa nouvelle version des faits. Devant la présidente de la cour d'assises, il a reconnu sa responsabilité dans la mort de Delphine Jubillar, une infirmière de 33 ans et mère de leurs deux enfants. « Il a fait des déclarations spontanées pour livrer la vérité de façon absolue », a déclaré son avocat, Pierre Debuisson, à l'AFP.
Selon le procureur général de la cour d'appel de Toulouse, Nicolas Jacquet, des ossements ont été retrouvés sur les lieux indiqués par Cédric Jubillar comme l'endroit où il avait déposé le corps. Deux fémurs, selon un avocat des parties civiles, doivent être analysés à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) à Pontoise pour confirmer s'il s'agit bien des restes de Delphine.
Les dessous d'un crime passionnel
Lors de ses aveux, Cédric Jubillar est revenu sur les circonstances du drame. Il a évoqué « les tensions très fortes » au sein du couple en instance de divorce, et « l'élément déclencheur » qui l'a submergé par une émotion extrême, provoquant « un passage à l'acte irréfléchi ». Delphine Jubillar, née Aussaguel, avait disparu mystérieusement du domicile conjugal dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, pendant un couvre-feu lié à la pandémie de Covid-19. Elle s'apprêtait à refaire sa vie avec un autre homme.
Pendant plus de cinq ans, Cédric Jubillar avait clamé son innocence, malgré un faisceau d'indices concordants. En première instance, il avait été condamné à 30 ans de réclusion en octobre. « Le mensonge dans lequel il va s'enferrer, et duquel il aura beaucoup de mal à s'extirper », a expliqué Me Debuisson, justifiant les silences de son client.
Une découverte qui soulage et interroge
Pour Laurent Boguet, avocat des enfants du couple, la découverte du corps est un « soulagement ». Elle permettra une sépulture et un deuil, et apportera des réponses aux enfants, en particulier à Louis, le fils aîné, qui avait 6 ans au moment de la disparition de sa mère. « Les aveux éclairent différemment le dossier, après les tergiversations et les mensonges », a-t-il ajouté.
Un haut gradé de la gendarmerie, sous couvert d'anonymat, a salué le travail des enquêteurs : « C'est la confirmation que les enquêteurs étaient dans le vrai et que l'instruction a été bien menée, contrairement à ce que disaient les avocats de Cédric Jubillar. »
Quel avenir pour le procès en appel ?
La tenue du procès en appel, prévu pour débuter le 21 septembre devant la cour d'assises de Haute-Garonne, semble désormais incertaine. Les avocats de la défense jugent « impossible » que le procès se tienne comme prévu, un avis partagé par l'avocat des enfants. Incarcéré à l'isolement à la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse, Cédric Jubillar s'est vu retirer en décembre l'autorité parentale sur ses deux enfants, confiés à leur tante maternelle.
FAQ : Ce qu'il faut retenir de l'affaire Jubillar
Pourquoi Cédric Jubillar a-t-il avoué si tard ?
Selon son avocat, il était enfermé dans un mensonge dont il n'arrivait pas à s'extirper, mais il ressentait depuis le début un besoin de parler. Les aveux sont intervenus deux mois avant son procès en appel, peut-être dans une stratégie de défense.
Que risque Cédric Jubillar maintenant ?
Condamné à 30 ans de réclusion en première instance, il pourrait voir sa peine confirmée ou alourdie en appel. Les aveux pourraient jouer en sa faveur, mais la découverte du corps renforce l'accusation.
Quel impact sur les enfants du couple ?
Les enfants, âgés de 11 et 6 ans, sont confiés à leur tante maternelle. La découverte du corps et les aveux devraient leur permettre de faire leur deuil, même si le traumatisme reste immense.