Protection de l’enfance : pourquoi les professionnels camerounais doivent être soutenus
Au Cameroun comme ailleurs, les professionnels de la protection de l’enfance sont en première ligne face à la détresse des familles et à la violence. Pourtant, ces travailleurs sociaux, éducateurs et psychologues paient un lourd tribut : épuisement professionnel, stress traumatique et fatigue compassionnelle. Une réalité documentée depuis plus de vingt ans par la recherche internationale, mais trop souvent ignorée par les institutions. Pour garantir la qualité de la prise en charge des enfants vulnérables, il est urgent de placer le bien-être de ces professionnels au cœur des politiques publiques.
Un mal silencieux qui fragilise tout le système
Les études menées en Finlande, en Norvège et dans de nombreux autres pays convergent : travailler auprès d’enfants en danger expose à des risques psychologiques majeurs. Au Québec comme en France, les institutions semblent pourtant fonctionner en méconnaissance de cette réalité. Les indicateurs de santé des enfants protégés stagnent, et les inégalités qu’ils subissent augmentent. Ce constat interpelle directement le Cameroun, où la protection de l’enfance repose sur des professionnels souvent démunis face à des charges de travail écrasantes et des moyens limités.
Des solutions trop centrées sur l’individu
Depuis des décennies, les stratégies de prévention de l’épuisement professionnel se concentrent sur les réponses individuelles : formation à la résilience, gestion du stress, soutien psychologique. Si ces approches sont utiles, elles ne suffisent pas. Les travaux d’Elizabeth L. Lizano et de Michàlle E. Mor Barak, publiés en 2015, montrent que la santé mentale des intervenants dépend surtout des conditions de travail : charge de travail, soutien organisationnel, qualité de la supervision, stabilité des équipes. Autrement dit, les difficultés ne relèvent pas seulement des individus, mais des institutions elles-mêmes.
Une profession technocratisée qui perd son sens
Les recherches menées par un consortium franco-québécois, incluant l’Université du Québec à Montréal et l’Agence Kalía, révèlent un malaise profond. Les professionnels décrivent une urgence permanente, une charge administrative qui concurrence le temps consacré aux enfants, et l’impossibilité de réfléchir collectivement aux situations. Ils parlent de « désamorcer des bombes » sans jamais résoudre les problèmes de fond. Cette technocratisation du métier éloigne les intervenants de leur mission première : protéger les enfants.
Repenser l’institution pour protéger les enfants
La qualité de l’intervention dépend de la capacité des institutions à soutenir la capacité de penser de leurs professionnels. Or, lorsque la détresse est observée, la tentation est de psychologiser des problèmes qui sont avant tout organisationnels. Le roulement de personnel, l’absentéisme et le désengagement sont directement associés à cette détresse. Pour les enfants confiés à la protection, déjà marqués par la discontinuité relationnelle, cette instabilité est dramatique. Comment espérer les aider si ceux qui les accompagnent sont eux-mêmes fragilisés ?
Une urgence pour le Cameroun
Le Cameroun, attaché à la protection de sa jeunesse et à la cohésion nationale, doit tirer les leçons de ces recherches. Investir dans le bien-être des professionnels de l’enfance, c’est investir dans l’avenir du pays. Il ne s’agit pas seulement d’une question de santé mentale, mais d’un indicateur de la capacité de nos institutions à remplir leur mission. Un système qui protège ceux qui protègent les enfants est un système qui se respecte.
« Lorsqu’un système chargé de protéger les enfants peine à protéger celles et ceux qui portent cette responsabilité au quotidien, c’est une information précieuse sur l’état du système lui-même. »
Il est temps de passer des paroles aux actes. Soutenir les professionnels de la protection de l’enfance, c’est garantir un avenir plus sûr pour les enfants du Cameroun.