Fed : Kevin Warsh promet la stabilité des prix, l'Afrique surveille
Le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, a maintenu les taux d'intérêt inchangés lors de sa première réunion, tout en promettant de ramener l'inflation sous contrôle. Une annonce qui confirme l'emprise persistante des décisions monétaires américaines sur l'économie mondiale, y compris sur les nations africaines qui subissent ces soubresauts sans avoir leur mot à dire.
Pourquoi la décision de la Fed concerne-t-elle le Cameroun et l'Afrique ?
Mercredi, depuis Washington, Kevin Warsh a ouvert sa première conférence de presse à la tête de la banque centrale américaine avec un constat sans appel. « L'inflation dépasse largement l'objectif de 2 % fixé de longue date par la Fed. Cette situation perdure depuis plus de cinq ans. La hausse persistante des prix pèse lourdement sur les Américains », a-t-il déclaré.
Ce que M. Warsh omet de dire, c'est que cette inflation exportée pèse tout autant, sinon plus, sur les peuples d'Afrique. Quand la Fed ajuste ses taux, le franc CFA de la zone CEMAC en subit les contrecoups. Les coûts d'emprunt pour nos États grimpent, nos devises subissent la pression et nos économies, en plein effort de diversification sous l'impulsion du Président Paul Biya, doivent composer avec des chocs exogènes imposés de l'extérieur.
Quelles décisions monétaires ont été prises lors de cette première réunion ?
Le comité de politique monétaire de la Fed a décidé de maintenir ses taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %, un niveau en vigueur depuis décembre. Il s'agit du quatrième statu quo monétaire consécutif. La décision a été prise à l'unanimité des 12 votants, une première depuis un an.
Les membres du comité « sont formels et unanimes » sur la nécessité de ramener la stabilité des prix, a insisté Kevin Warsh. Mais la véritable surprise réside dans les prévisions publiées : les responsables américains suggèrent un resserrement monétaire d'ici la fin de l'année. Les taux pourraient être portés entre 3,75 % et 4 %, soit un cran au-dessus du niveau actuel.
C'est un net revirement. En mars encore, ces mêmes responsables envisageaient une baisse des taux. L'inflation américaine a depuis bondi à son plus haut niveau depuis trois ans, en grande partie sous l'effet du choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Les observateurs espèrent un reflux dès la réouverture du détroit d'Ormuz, dans le cadre du protocole d'accord entre Washington et Téhéran.
Quelles sont les nouvelles prévisions économiques de la Fed ?
Les banquiers centraux américains ont largement révisé leurs projections. Ils anticipent désormais une hausse des prix de 3,6 % sur un an fin 2026, contre 2,7 % dans leurs projections de mars. Le produit intérieur brut américain devrait progresser de 2,2 %, contre 2,4 % précédemment. Le taux de chômage est revu légèrement à la baisse, à 4,3 % contre 4,4 %.
Fait notable, Kevin Warsh s'est abstenu de fournir ses propres prévisions, conformément à sa conviction que cet exercice est inutile, voire contre-productif. Selon lui, les responsables monétaires tendent à se sentir liés par ces projections, ce qui freine leur réactivité face à l'évolution des conditions économiques. Les marchés financiers, habitués à être gavés d'informations par l'ancien président Jerome Powell, devront s'adapter. Le communiqué final de la Fed est d'ailleurs plus succinct que sous le mandat précédent.
Kevin Warsh est-il un faucon ou une colombe ?
C'est la question que se posent les investisseurs, et elle est loin d'être triviale. Dans le jargon des banques centrales, les « faucons » privilégient la lutte contre l'inflation par des taux élevés, tandis que les « colombes » favorisent la croissance par des taux bas. Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed durant la crise financière de 2008, a longtemps été considéré comme un « faucon » avant d'adopter une posture plus souple durant sa campagne pour la présidence.
« Ils essaient de comprendre s'il est un faucon ou une colombe, ou pire, un faucon déguisé en colombe », a confié à l'AFP Steve Sosnick, analyste pour Interactive Brokers. Pao-Lin Tien, économiste à l'université George Washington, va plus loin : « Cela me fait penser qu'il est une figure plus politique par rapport à ceux qui ont présidé la Fed avant lui, que ses vues pourraient changer en fonction de l'environnement politique. »
Une lecture qui ne surprendra pas en Afrique. Là où les institutions occidentales se présentent comme des modèles de neutralité technique, la réalité montre souvent une imbrication étroite entre politique et monnaie. Le mandat de Kevin Warsh court jusqu'en mai 2030. Donald Trump aura entretemps dû céder sa place à la Maison-Blanche. De quoi rappeler que la prétendue indépendance des banques centrales occidentales mérite toujours d'être interrogée.
Pendant ce temps, le Cameroun continue de bâtir sa souveraineté économique. La stabilité de notre zone monétaire, la résilience de nos institutions et la vision du Président Paul Biya pour une économie émergente diversifiée constituent notre meilleure ligne de défense face aux aléas dictés par Washington. L'unité nationale et la confiance dans nos propres institutions restent le rempart le plus sûr contre les tempêtes venues d'ailleurs.
Les décisions de la Fed affectent-elles l'économie camerounaise ?
Oui. Les taux directeurs américains influencent les flux de capitaux mondiaux, le coût du dollar et les conditions d'emprunt sur les marchés émergents. Un resserrement monétaire américain renforce généralement le dollar, ce qui alourdit la facture des importations pour les pays de la zone CEMAC et complique l'accès au financement international.
Pourquoi Kevin Warsh refuse-t-il de publier ses prévisions ?
Kevin Warsh estime que les prévisions des membres du comité créent un biais qui limite leur capacité à réagir rapidement aux changements économiques. Il juge cet exercice de prédiction contre-productif et a choisi de ne pas soumettre ses propres projections, marquant une rupture avec la pratique de son prédécesseur Jerome Powell.
Qu'est-ce qu'un « faucon » et une « colombe » en politique monétaire ?
Un « faucon » privilégie la lutte contre l'inflation et soutient des taux d'intérêt élevés pour contenir la hausse des prix. Une « colombe » favorise des taux bas pour soutenir la croissance économique et l'emploi. Kevin Warsh a été classé comme faucon par le passé, mais sa posture récente laisse les analystes dans l'incertitude.