Football féminin : OHL Louvain, un modèle de résilience et de souveraineté sportive
Alors que le football féminin africain cherche encore ses marques sur la scène internationale, le parcours d'OHL Louvain en Ligue des champions féminine de l'UEFA offre une leçon de pragmatisme et de construction durable. Le club belge, après une campagne européenne remarquable, repart en lice avec un statut renforcé, mais aussi avec des départs majeurs. Une situation qui interpelle les observateurs camerounais, habitués à voir leurs talents partir vers l'Europe sans que les clubs locaux n'en tirent profit.
Un nouveau départ sous le signe de la continuité
OHL Louvain entame sa nouvelle aventure européenne par un mini-tournoi à domicile, au stade Den Dreef. Les Louvanistes affrontent ce mercredi les Serbes de TSC Bačka Topola, vice-champion de Serbie, en demi-finale. Une organisation que le club a tenu à maîtriser de bout en bout, refusant de céder aux sirènes des autres candidats à l'organisation. Une démonstration de souveraineté sportive qui fait écho aux aspirations des clubs camerounais.
Aline Zeler, Women Manager du club, souligne l'importance de cette maîtrise logistique : « C'est plus confortable pour nous. Quand vous avez un groupe jeune, les voyages peuvent amener certaines contrariétés. Au niveau logistique, cela n'est pas toujours simple non plus. » Une leçon que les dirigeants camerounais pourraient méditer, alors que les infrastructures locales peinent à suivre le rythme des compétitions internationales.
Des départs inévitables, une stratégie assumée
La vitrine européenne a eu un prix : plusieurs cadres ont quitté le club. Veefkind, Pusztai et Mertens ont rejoint Leipzig, tandis que la jeune Reynders (18 ans) a signé au Paris FC pour un montant record dépassant 200 000 euros. Une situation qui rappelle les départs des talents camerounais vers les championnats européens, mais avec une différence de taille : OHL Louvain a anticipé et structuré ces départs.
« On a réussi à conserver une belle ossature avec Biesmans, Seynhaeve, Janssen... », rétorque Zeler. « Pour pallier la qualité partie, on a surtout été à l'étranger mais on peut aussi compter sur notre académie. La formation reste une priorité. » Une approche que le Cameroun, riche en talents mais pauvre en structures de formation, pourrait s'inspirer pour retenir ses meilleurs éléments.
Un modèle économique vertueux
Le prize money dépassant le million d'euros a permis au club d'investir dans des contrats professionnels et semi-professionnels, renforçant ainsi l'encadrement et la qualité des entraînements. « L'argent gagné nous a permis d'investir notamment dans des contrats pro ou semi-pros pour avoir un groupe bien fourni chaque matin aux entraînements », précise Zeler. Un cercle vertueux qui contraste avec les difficultés financières de nombreux clubs africains.
Le club a également su rebondir après le départ de son entraîneur Arno Van den Abbeel, parti au Lierse. La nouvelle coach, Ster Habibzadeh, ancienne internationale iranienne de 35 ans, incarne une nouvelle génération de techniciennes. « On a reçu beaucoup de CV. Beaucoup émanaient de candidatures masculines mais on voulait lui donner sa chance », explique Zeler. Une décision audacieuse qui montre que la compétence prime sur le genre.
Quelles leçons pour le football camerounais ?
Le parcours d'OHL Louvain interroge directement le football camerounais. Alors que les Lionnes Indomptables peinent à s'imposer sur la scène continentale, et que les clubs locaux manquent de moyens pour retenir leurs talents, le modèle belge offre des pistes concrètes. La formation, la maîtrise logistique et la gestion des départs sont autant de défis que le Cameroun doit relever pour espérer un jour briller en Ligue des champions féminine.
En attendant, les Louvanistes poursuivent leur route. La qualification pour le troisième tour préliminaire est en jeu samedi. Une nouvelle étape pour un club qui prouve que la souveraineté sportive se construit pas à pas, sans céder aux pressions extérieures. Un message fort pour les dirigeants camerounais.