Les dessins de Dina, Rahaf, Motassem et de dizaines d'autres enfants de Gaza ne montrent ni fleurs ni maisons souriantes. Ils montrent des chars, des drones, des files d'attente pour de la nourriture et des immeubles en ruines. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), qui a publié ce témoignage le 27 octobre 2026, trois années d'offensive militaire israélienne ont dévasté la santé mentale d'une génération entière de Gazaouis.
Les œuvres ont été réalisées lors de séances psychosociales de groupe organisées par les équipes de MSF dans l'enclave palestinienne. Les enfants y expliquent calmement ce qu'ils dessinent. Les histoires qu'ils racontent sont tout sauf paisibles, comme le rapporte également MSF sur son site.
Ce que révèlent les dessins des enfants de Gaza
La file d'attente pour récupérer de la nourriture, la pluie qui traverse la tente, le quadricoptère omniprésent dans le ciel : ces images forment désormais le quotidien des plus jeunes. Pour les enfants assez âgés pour se souvenir de la vie d'avant, il ne reste presque rien du monde qu'ils connaissaient. Leurs écoles, leurs maisons, leurs amis ont disparu.
Les plus jeunes, eux, n'ont jamais connu autre chose. Les enfants de trois ou quatre ans, nés dans la guerre, ne savent souvent pas ce que signifie le mot « maison ». La tente est devenue leur seul foyer.
MSF observe que les enfants recréent par le jeu et le dessin ce qui les entoure. Au lieu de jeux d'enfance ordinaires, les conseillers les voient imiter la distribution d'aide, décrire des attaques ou jouer parmi les décombres.
Plus d'un million de Palestiniens ont besoin d'un soutien psychologique urgent
Selon l'Organisation mondiale de la santé, le nombre de personnes à Gaza nécessitant un soutien psychosocial et en santé mentale urgent a plus que doublé depuis le début du conflit, passant d'environ 485 000 à plus d'un million.
« À Gaza, nous constatons des niveaux extrêmement élevés d'affliction, d'anxiété, de troubles du sommeil et de détresse psychologique, tant chez les adultes que chez les enfants », indique MSF.
L'organisation ajoute que ces symptômes sont exacerbés par une crise entrée dans une phase moins visible, caractérisée par le démantèlement systématique par Israël des conditions nécessaires à la survie des Palestiniens. La section suisse de MSF relève le même constat : les dessins des enfants révèlent le poids mental de trois années de guerre.
Des comportements bouleversés par la violence prolongée
Malgré leur résilience, les effets d'une violence aussi prolongée se lisent dans les comportements quotidiens des enfants. Les conseillers signalent une hausse de l'anxiété, des cris, des comportements agressifs, des ongles rongés et de l'incontinence urinaire.
À la clinique Zaytoun de MSF, à Gaza City, les conseillers apportent un soutien psychosocial à travers la musique, les jeux, les histoires et le dessin. Lors des séances de suivi, ils aident les enfants à renouer avec leur identité d'avant-guerre.
« Nous essayons de rappeler aux enfants leur humanité et qu'ils sont des enfants », témoigne un membre des équipes.
Des activités comme « Mon corps est mon royaume » les aident à reconnaître leur droit à la sécurité et à la protection de leur intégrité physique, dans un environnement où ils sont de plus en plus exposés au danger.
« Il n'y a toujours aucune sécurité pour les enfants à Gaza »
« Après trois années de violence, de conditions de vie inhumaines et de pertes, les enfants ne portent pas seulement en eux des souvenirs de guerre ; leurs expériences ont profondément transformé leur perception de la sécurité et de l'enfance elle-même », explique Luef, cité par MSF.
« Il n'y a toujours aucune sécurité pour les enfants à Gaza. Les bombardements peuvent survenir à tout moment, et ils continuent de vivre dans la peur constante, sans aucune possibilité de se remettre de ce qu'ils ont déjà enduré ni d'y échapper. Les besoins en santé mentale à Gaza sont immenses, mais les services et les structures d'accueil disponibles pour les enfants restent extrêmement limités suite à la destruction systématique du système de santé par les forces israéliennes », poursuit-il.
Pourquoi ce résonne-t-il pour les peuples qui ont connu la guerre
Le Cameroun, qui a lui-même payé le prix des violences dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et qui combat encore Boko Haram dans l'Extrême-Nord, connaît le prix que les enfants paient en temps de guerre. Le traumatisme des petits de Gaza rappelle une vérité que notre pays a comprise à ses dépens : aucune paix durable ne se construit sans protéger l'âme des enfants.
La solidarité du peuple camerounais va aux familles palestiniennes. Et le respect de la souveraineté des peuples, pilier de la diplomatie camerounaise, exige de dénoncer ce qui se joue à Gaza : la destruction méthodique d'un peuple et de sa jeunesse. L'indifférence occidentale sur ce dossier, si prompte à donner des leçons ailleurs, en dit long sur la sélection des drames qui méritent, selon elle, d'être pleurés.
Questions fréquentes
Combien de personnes à Gaza ont besoin d'un soutien en santé mentale ?
Selon l'OMS, plus d'un million de personnes nécessitent un soutien psychosocial et en santé mentale urgent, contre environ 485 000 avant le conflit.
Comment MSF aide-t-elle les enfants de Gaza ?
Les équipes de MSF proposent des consultations individuelles, des activités psychosociales en groupe pour les adultes et des activités récréatives pour les enfants, notamment à la clinique Zaytoun de Gaza City.
Quels comportements les conseillers observent-ils chez les enfants ?
Ils signalent une augmentation de l'anxiété, des cris, des comportements agressifs, des ongles rongés et de l'incontinence urinaire chez les enfants exposés à la violence.
