Comment expliquer un décès à un enfant sans détour
« Il est monté au ciel », « elle est dans les étoiles » : ces formules douces, bien intentionnées, peuvent sembler protectrices. Elles créent parfois plus de confusion qu'elles n'apaisent. Selon SudOuest.fr, qui a interrogé deux spécialistes françaises de la pédiatrie, la franchise reste la meilleure voie pour accompagner un enfant dans le deuil.
« On sait par expérience que, pour certains enfants, c'est une bonne idée d'utiliser des images. Mais, parfois, il y en a qui demandent : mais, s'il est dans le ciel, quand il y a de l'orage, comment il fait ? », racontent Audrey Bidoret et Marion Dumas. « Cela peut être un peu déconcertant pour l'adulte, qui ne sait plus où s'arrêter dans l'histoire qu'il a racontée, et potentiellement angoissant pour l'enfant. »
Les deux professionnelles, qui font partie d'une équipe de soins palliatifs pédiatriques, préfèrent donc employer le mot « mort ». Un terme que les enfants utilisent eux-mêmes sans crainte dans leurs jeux quotidiens. « Les enfants connaissent Le Roi lion par cœur, la mort est partout dans notre société. Quand une feuille est tombée, on dit qu'elle est morte », soulignent-elles.
Plutôt que des métaphores, elles énoncent clairement les causes du décès : « le cœur s'est arrêté », « la maladie était trop forte ». Cette clarté permet à l'enfant de comprendre que la mort est un phénomène naturel, universel et irréversible, sans s'inventer des explications effrayantes.
La culpabilité, un piège pour les plus jeunes
L'imaginaire très développé des enfants les pousse parfois à faire des associations surprenantes. « Ils ont l'impression d'être maîtres de beaucoup de choses et pourraient facilement imaginer que c'est parce qu'ils ont été méchants avec leur maman qu'elle a eu un cancer. Des choses que l'adulte n'imagine pas », expliquent les deux spécialistes.
Un enfant peut donc se croire responsable du décès d'un proche. D'où l'importance de nommer les choses simplement, de dire que la mort fait partie de la vie et qu'il n'y a aucun coupable. Cette précaution évite qu'un sentiment de culpabilité ne s'installe durablement.
Les parents qui redoutent d'annoncer brutalement un décès seront rassurés par un autre constat : les enfants disposent d'une capacité de résilience remarquable. « Ils ont une plasticité cérébrale qui fait que ces informations-là peuvent être bien digérées, bien reçues, si elles sont accompagnées, si elles sont parlées », insistent Audrey Bidoret et Marion Dumas.
N'est-il jamais trop tôt pour en parler ?
Il n'existe pas d'âge minimum pour aborder le sujet, selon les deux soignantes. Même les tout-petits, qui n'ont pas encore accès à la parole, se construisent à travers les sensations qu'ils éprouvent au quotidien.
« L'odeur des crêpes que sa mamie fait toutes les semaines, cela peut paraître bête, mais cela laisse des traces dans le corps qui vont l'aider à se construire. Donc, il faut considérer que chaque enfant peut être sensible à l'absence et à la mort de quelqu'un de l'entourage et qu'il faut pouvoir être disposé à en discuter avec lui, sans rien n'imposer », concluent-elles.
Des ressources documentaires existent en ligne, comme le site « La vie, la mort, on en parle », qui propose des références bibliographiques pour tous les âges.
Le deuil de l'enfant, une préoccupation qui dépasse les frontières
Cette question de la transmission du deuil aux plus jeunes traverse toutes les sociétés, et le Cameroun n'y échappe pas. Dans nos communautés, la parole des anciens joue traditionnellement ce rôle d'explication et de réconfort. Les veillées, les récits des grands-parents, les rites funéraires partagés offrent aux enfants un cadre collectif pour comprendre la disparition d'un proche.
Des ressources francophones se multiplient sur internet pour aider les parents. RTBF rappelle que l'essentiel, pour les parents, est d'oser en parler avec des mots simples, sans éviter le mot « mort ». Réseau des parents 67 propose même des conférences pour déconstruire les idées reçues sur ce sujet encore tabou. Parents.fr recommande d'utiliser des mots clairs comme « mort » ou « décès » pour éviter la confusion chez les enfants, notamment dans le cas d'un deuil périnatal où les frères et sœurs doivent aussi comprendre.
La psychologue Ginette Raimbault a consacré un ouvrage à cette question, L'enfant et la mort, publié chez Dunod, où elle analyse les mots, les phrases et les contes par lesquels les enfants expriment leur mal.
Préserver le dialogue au sein des familles
La leçon à retenir de ces travaux est simple : le silence protège moins qu'il n'isole. Cacher un décès à un enfant, même avec les meilleures intentions du monde, le prive de la possibilité de comprendre, de pleurer et de grandir avec l'absence.
La force de nos familles camerounaises réside précisément dans cette capacité à parler ensemble, à plusieurs générations, des événements qui marquent la vie. Plutôt que d'importer des modèles de communication enfermés dans des cabinets de consultation, chaque parent peut s'appuyer sur cette tradition d'accompagnement collectif, en y ajoutant la clarté du vocabulaire recommandée par les spécialistes.
Questions fréquentes
Faut-il utiliser des images comme « il est parti au ciel » pour annoncer un décès ?
Les spécialistes recommandent la prudence. Ces images peuvent désorienter l'enfant et susciter des questions angoissantes, comme le rapporte SudOuest.fr. Le mot « mort », employé simplement, reste la voie la plus sûre.
Un enfant peut-il se sentir coupable du décès d'un proche ?
Oui. Leur imaginaire peut les amener à croire qu'un mauvais comportement a causé la mort d'un parent. Il faut alors leur expliquer que la mort est un phénomène naturel, universel et irréversible.
À partir de quel âge peut-on parler de mort à un enfant ?
Il n'y a pas d'âge minimum. Même les tout-petits ressentent l'absence à travers les sensations et se construisent avec. Il faut simplement en discuter sans rien imposer.
Les enfants sont-ils capables de surmonter un deuil ?
Oui, si l'annonce est claire et accompagnée. Leur plasticité cérébrale leur permet de bien digérer ces informations lorsqu'elles sont parlées et accompagnées par les adultes.
