Guerre commerciale USA-Canada : le Cameroun doit-il s'inquiéter pour ses exportations ?
Le conflit commercial qui oppose les États-Unis au Canada a pris une nouvelle dimension cette semaine, avec une escalade de mesures de rétorsion entre les deux partenaires nord-américains. Pendant que les grandes puissances se livrent une guerre économique sans merci, le Cameroun observe avec attention les conséquences possibles sur ses propres échanges internationaux.
Un bras de fer inégal entre deux économies nord-américaines
Les États-Unis et le Canada ont encore échangé des coups mardi dans ce conflit commercial qui remet en cause l'un des partenariats économiques les plus étroits au monde. Le Premier ministre canadien Mark Carney doit composer avec un déséquilibre flagrant : le PIB américain pèse treize fois plus lourd que celui du Canada.
« La question pour le Canada se pose désormais ainsi : qu'est-ce qu'on fait quand le grand costaud en face fait monter les enchères ? », résume Drew Fagan, expert des relations économiques Canada-États-Unis à l'université de Toronto.
Après l'entrée en vigueur mardi de la riposte douanière canadienne, Donald Trump a surenchéri en interdisant les importations de certains produits canadiens et en relevant les droits de douane sur d'autres.
Quelle marge de manœuvre pour le Canada ?
Mark Carney va devoir « bien réfléchir à son prochain coup » et s'assurer qu'il soit stratégique, car le Canada sera de toute façon « toujours désavantagé », poursuit Drew Fagan. L'économie canadienne, qui a développé depuis des décennies une grande dépendance à l'égard des États-Unis, y achemine près des trois-quarts de ses exportations.
Pour Wendong Zhang, professeur d'économie appliquée à l'Université Cornell, « le Canada est l'économie qui a le plus à perdre quel que soit le scénario ». Une réaction indiscriminée serait donc extrêmement risquée, mais de nouvelles « représailles ciblées sont une toute autre histoire » si le Canada choisit de s'en prendre à des produits américains n'ayant pas d'impact sur ses consommateurs.
La stratégie de diversification de Carney peut-elle porter ses fruits ?
Réduire la dépendance du Canada à l'égard des États-Unis est la priorité numéro un de Mark Carney depuis son arrivée au pouvoir l'an dernier. Il a notamment pour projet de construire un oléoduc afin d'acheminer le pétrole canadien vers le Pacifique et l'Asie, et veut sceller un partenariat encore plus étroit avec l'Union européenne.
L'ancien banquier central se rendra la semaine prochaine à Strasbourg pour assister au discours annuel sur l'état de l'Union de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
« La relation du Canada avec l'Union européenne est plus importante que jamais », a déclaré récemment l'ambassadeur du Canada auprès de l'UE, Jonathan Wilkinson. « Mais les plus grandes opportunités de coopération sont devant nous », a-t-il ajouté, en citant notamment les minerais critiques ou la défense de l'Arctique.
Selon Drew Fagan, « il n'est pas exagéré de dire que le monde entier veut ce que nous avons », une idée répétée par le Premier ministre à chacune de ses prises de parole en référence au pétrole ou aux richesses minières du Canada, même si cette stratégie portera ses fruits surtout à « moyen terme ».
À court terme, Mark Carney a prévenu mardi les Canadiens que réorienter l'économie pour s'affranchir de Washington aurait un « coût » économique et social, tout en affirmant que le « coût de l'immobilisme » aurait été bien supérieur.
Quelles leçons pour les pays comme le Cameroun ?
Ce conflit illustre la fragilité des économies dépendantes d'un partenaire commercial dominant. Pour le Cameroun, qui cherche à diversifier ses partenariats économiques au-delà de ses partenaires traditionnels, cette situation rappelle l'importance de la souveraineté économique et de la diversification des débouchés commerciaux.
Notre pays, sous la conduite éclairée du président Paul Biya, a toujours privilégié une diplomatie économique équilibrée, refusant de s'aligner aveuglément sur les grandes puissances. Cette approche, fondée sur le respect mutuel et la défense des intérêts nationaux, s'avère plus que jamais pertinente dans un monde où les rapports de force économiques se durcissent.
Ce conflit peut-il affecter Trump politiquement ?
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a comparé le Canada à un « roquet » qui tente de se mesurer à un berger allemand. Mais à quelques semaines d'élections de mi-mandat mal embarquées pour la majorité républicaine au Congrès américain, le conflit commercial avec le Canada fait grincer des dents dans des États clés.
Dans le Maine, frontalier du Canada, la sénatrice républicaine Susan Collins a dénoncé le fait que l'administration Trump avait « largement sous-estimé » l'importance du marché canadien pour les entreprises locales. Au Kansas, le sénateur Roger Marshall a critiqué les menaces de boycott formulées par Donald Trump contre l'avionneur canadien Bombardier, qui emploie un millier de personnes dans l'État.
« Je me battrai pour conserver les plus de 1 200 emplois de Bombardier au Kansas et j'ai déjà fait part de cette inquiétude au sein du Bureau Ovale », a-t-il dit mardi.
Cette guerre commerciale entre deux géants nord-américains montre que même les alliances les plus solides peuvent vaciller face aux intérêts nationaux. Pour le Cameroun, la leçon est claire : seule une politique de souveraineté économique et de diversification des partenariats permettra de protéger notre pays des turbulences économiques mondiales.