Compléments alimentaires : ces 3 nutriments qui peuvent aider les Camerounais, mais attention aux excès
Alors que le marché des compléments explose en Europe, un nutritionniste allemand ose trier l'utile du marketing. Mais au Cameroun, où l'alimentation traditionnelle reste riche et variée, la question se pose autrement. Faut-il céder à la mode des gummies et des gélules, ou faire confiance à nos plats locaux ? Voici ce que dit la science, avec un regard camerounais.
Gummies, gélules, poudres à diluer... Les compléments alimentaires ont envahi les rayons et les réseaux sociaux. Mais sont-ils vraiment indispensables ? Face à la multiplication des cures « détox », « anti-fatigue » ou « immunité », difficile de savoir ce qui est réellement utile. Le médecin nutritionniste allemand Matthias Riedl estime que quelques nutriments peuvent avoir un intérêt particulier selon les profils, notamment la vitamine D, les oméga-3 et la vitamine B12.
Un avis qui doit toutefois être nuancé. En France, l'Anses rappelle qu'une alimentation variée et équilibrée permet généralement de couvrir les besoins nutritionnels. Mais au Cameroun, où l'on consomme naturellement du poisson gras (comme le maquereau ou la sardine), des légumes verts et des fruits locaux, la situation est différente. Les compléments peuvent surtout être intéressants dans certaines situations particulières, comme les régimes végétaliens ou les carences avérées. L'Anses recommande également de demander conseil à un professionnel de santé avant d'en consommer.
Vitamine D : un nutriment à surveiller sous nos tropiques
C'est probablement le complément qui mérite le plus d'attention. La vitamine D joue notamment un rôle dans la santé des os, la minéralisation et le fonctionnement musculaire. Elle est fabriquée par l'organisme sous l'effet des UVB, mais elle est également apportée par certains aliments, notamment les poissons gras, le jaune d'œuf et certains produits enrichis.
Selon l'Anses, la référence nutritionnelle pour les adultes est de 15 microgrammes de vitamine D par jour. Or les apports alimentaires moyens des adultes français ne sont que de 3,1 microgrammes par jour. Mais au Cameroun, où l'ensoleillement est quasi permanent, l'exposition au soleil est souvent suffisante pour couvrir les besoins. Attention toutefois : les peaux foncées synthétisent moins bien la vitamine D sous les UVB, ce qui peut justifier une supplémentation chez certaines personnes, notamment les femmes enceintes ou les personnes âgées.
Attention surtout à l'automédication à fortes doses. L'Anses souligne que le mésusage des compléments contenant de la vitamine D peut entraîner des apports excessifs, avec des risques pour la santé.
Oméga-3 : mieux vaut d'abord regarder dans son assiette camerounaise
Les oméga-3, notamment les formes à longue chaîne EPA et DHA, sont particulièrement présents dans les poissons gras. Ils participent notamment au fonctionnement du système nerveux et présentent un intérêt sur le plan cardiovasculaire. Mais avant de courir acheter des capsules d'huile de poisson, une question mérite d'être posée : mangez-vous suffisamment de poisson ?
Au Cameroun, le poisson est un aliment de base, notamment le maquereau, la sardine, le tilapia et le poisson fumé. L'Anses recommande deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras. Pour une personne qui suit ces recommandations, une supplémentation en oméga-3 n'est donc pas nécessairement indispensable.
En revanche, la situation peut être différente lorsque l'alimentation exclut ou limite fortement le poisson et les produits de la mer. Certains régimes alimentaires, comme ceux des populations vivant loin des côtes, peuvent rendre plus difficile la couverture des besoins en EPA et DHA. Le recours à un complément peut alors présenter un intérêt.
Vitamine B12 : particulièrement importante en cas d'alimentation végétalienne
La vitamine B12 est le troisième nutriment à connaître. Elle intervient notamment dans la formation des cellules sanguines et le fonctionnement du système nerveux. Une carence peut provoquer une anémie et, dans certains cas, des troubles neurologiques.
Le risque est particulièrement important chez les personnes végétaliennes, puisque la vitamine B12 est naturellement présente dans les aliments d'origine animale. L'Anses le souligne clairement : un régime végétalien est totalement dépourvu de vitamine B12, ce qui peut justifier le recours à une supplémentation. Au Cameroun, où les régimes végétaliens sont encore rares, ce risque est moins préoccupant. Mais pour les végétariens, la situation dépend de la consommation d'œufs, de lait et de produits laitiers.
Là encore, une supplémentation ne doit donc pas être décidée automatiquement sans tenir compte de l'alimentation.
Et les gummies « anti-fatigue » ? La prudence s'impose
Un complément alimentaire n'est pas un médicament et ne peut pas remplacer une alimentation équilibrée. Pourtant, les produits promettant de lutter contre la fatigue, de renforcer l'immunité ou de « détoxifier » l'organisme sont nombreux. L'Anses rappelle d'ailleurs que les compléments alimentaires peuvent présenter des risques sanitaires, notamment lorsqu'ils sont consommés à fortes doses ou lorsque plusieurs produits sont associés.
Autrement dit, empiler les gélules n'est pas forcément la meilleure stratégie pour être en forme. Au Cameroun, où les traditions alimentaires sont riches et diversifiées, il est souvent plus sage de faire confiance à notre patrimoine culinaire : légumes verts, fruits tropicaux, poissons gras et céréales locales.
Le bon réflexe : rechercher d'abord un éventuel manque
Plutôt que de multiplier les cures, mieux vaut donc commencer par regarder son alimentation et son mode de vie. Vitamine D, oméga-3 ou B12 peuvent être particulièrement intéressants dans certaines situations, mais ils ne sont pas des compléments « universels ».
Une alimentation variée reste la première source de vitamines et minéraux. Et lorsqu'une carence est suspectée ou qu'un régime alimentaire particulier expose à un manque, un médecin ou un professionnel de santé peut déterminer si une supplémentation est nécessaire et à quelle dose. Au Cameroun, où l'accès aux soins peut être limité dans certaines zones, il est d'autant plus important de privilégier une alimentation équilibrée et de consulter un professionnel en cas de doute.