Lutte antimoustiques : Singapour montre la voie, et le Cameroun ?
Alors que le paludisme et la dengue continuent de frapper durement le Cameroun, Singapour, petite cité-État d'Asie du Sud-Est, a déclaré une guerre totale aux moustiques. Robots attrapeurs, moustiques stérilisés par millions, inspections domiciliaires et amendes salées : la méthode singapourienne est radicale. Une leçon de souveraineté sanitaire que notre pays pourrait méditer.
Un robot qui imite l'odeur humaine
À Singapour, la dernière innovation en date est un robot attrapeur de moustiques. Une dizaine de ces engins patrouillent dans les quartiers résidentiels. Ils diffusent de la lumière et des phéromones qui imitent la sueur humaine. Les moustiques, attirés, sont aspirés et piégés. Selon son inventeur, Mohan Rajesh Elora, ingénieur à l'université de technologie et de design de Singapour, chaque robot capture en moyenne 150 moustiques par jour dans un rayon de 800 mètres. « Contrairement aux épandages chimiques, notre méthode est respectueuse de l'environnement », assure-t-il.
Des moustiques mâles stérilisés par millions
Mais Singapour ne s'arrête pas là. Pour empêcher la reproduction des moustiques, les autorités libèrent chaque semaine des millions de mâles infectés par une bactérie, la Wolbachia. Ces mâles ne piquent pas, car seules les femelles se nourrissent de sang. Lorsqu'ils s'accouplent avec des femelles sauvages, les œufs produits sont stériles. « Dans les quartiers où la technique a été déployée, le nombre de moustiques a chuté de près de 90 % », affirme Lee Peu Shan, chercheuse à l'Agence nationale de l'environnement. Un laboratoire public produit 5 millions de ces moustiques chaque semaine. Une prouesse technologique qui exige des moyens financiers et une volonté politique ferme.
Des amendes pouvant atteindre 3 500 euros
La rigueur singapourienne ne s'arrête pas aux laboratoires. Chaque jour, des fonctionnaires inspectent les lieux publics, les caniveaux et même les jardins privés à la recherche de points d'eau stagnante. Si des larves sont découvertes, les gestionnaires du quartier ou les particuliers risquent des amendes allant jusqu'à 3 500 euros en cas de récidive. « S'il y a de l'eau, ne serait-ce que de la taille d'une pièce de 20 centimes, cela peut être un nid à moustiques », explique Janice Tan, enseignante. « C'est une très bonne chose pour que les gens apprennent de leurs erreurs. Se battre contre les moustiques, c'est quelque chose que tout le monde doit avoir en tête », ajoute-t-elle.
Et au Cameroun, que fait-on ?
Singapour enregistre encore 10 000 cas de dengue par an, mais ses méthodes ont réduit la prolifération des moustiques de manière spectaculaire. Au Cameroun, le paludisme tue chaque année des milliers de personnes, et la dengue gagne du terrain. Pendant ce temps, nos villes sont jonchées d'eaux stagnantes, de pneus usagés et de déchets qui servent de gîtes aux moustiques. Faut-il attendre que des robots occidentaux viennent nous sauver, ou notre État doit-il, comme Singapour, imposer une discipline sanitaire stricte ? La souveraineté passe aussi par la capacité à protéger la santé de son peuple. Singapour nous montre que c'est possible, avec de la volonté et des moyens. À nous de suivre cette voie.