L'Orchestre philharmonique royal de Liège (OPRL) a dévoilé, ce mercredi 22 octobre, un projet baptisé « Orchestre en immersion » : une vidéo en réalité virtuelle qui installe le spectateur au milieu des musiciens, rapporte DH.be. L'initiative belge vise avant tout les personnes hospitalisées ou éloignées des salles de concert, un modèle d'ouverture culturelle qui mérite d'inspirer bien des institutions, y compris sur notre continent.
Le principe est simple et audacieux. En juillet dernier, l'OPRL et son chef d'orchestre Lionel Bringuier ont enregistré L'Apprenti sorcier de Paul Dukas, l'oeuvre popularisée par le film Fantasia de Walt Disney, avec dix caméras installées entre les pupitres de la Salle philharmonique de Liège. Le résultat est une vidéo immersive de 12 minutes, tournée à 360 degrés, qui restitue ce que vivent, jouent et entendent les quelque 80 musiciens pendant l'interprétation.
Comment fonctionne « Orchestre en immersion »
Muni d'un casque de réalité virtuelle, le spectateur peut regarder librement autour de lui et observer les instruments sous des angles inhabituels. Il choisit lui-même son point de vue parmi les dix caméras, ou se laisse guider par un mode automatique qui alterne les perspectives au fil de la musique.
Au-delà de la prouesse technologique, l'expérience veut faire découvrir autrement le fonctionnement d'un orchestre : les interactions entre les musiciens, les regards échangés avec le chef, l'énergie collective qui se dégage d'une interprétation en formation symphonique.
« La musique est faite pour être partagée avec le public et vers le plus grand nombre, idéalement dans une salle de concert et avec un orchestre face à nous. Mais pour pouvoir étendre le plus largement possible sa diffusion, l'OPRL utilise toutes les technologies disponibles », a expliqué Aline Sam-Giao, directrice générale de l'orchestre, citée par DH.be. Selon elle, la réalité virtuelle ajoute une nouvelle dimension à l'accessibilité de la musique, aux côtés de la radio et de l'audiovisuel.
Des casques dans les hôpitaux dès janvier 2027
Le projet ne s'adresse pas seulement aux mélomanes équipés de casques chez eux. Dès janvier 2027, l'OPRL disposera de dix casques destinés à une utilisation itinérante. Une première phase est prévue dans le milieu hospitalier, avec 42 journées d'intervention au cours desquelles environ 100 personnes par jour devraient être touchées.
À terme, le dispositif pourrait également être proposé dans les écoles et dans les maisons de repos. L'objectif est clair : faire tomber les barrières de santé, d'éloignement géographique et de mobilité qui privent des publics entiers de l'accès aux concerts.
Le Soir souligne que les partenaires du projet, issus notamment du secteur philanthropique, ont présenté cette expérience comme une manière d'humaniser le numérique. Le financement repose sur le soutien de partenaires privés, principalement issus du secteur des soins de santé, ainsi que sur un subside spécifique de la Province de Liège.
Un partenariat technologique franco-suisse
Pour développer cette initiative, l'OPRL s'est associé à Cybel'ART, la société qui développe la plateforme Virtual Hall. L'orchestre belge s'est inspiré d'une expérience menée par l'Orchestre de la Suisse Romande, comme le relève également Aktus-cci.
Le choix de l'oeuvre n'est pas anodin. L'Apprenti sorcier, composé par Paul Dukas en 1897, reste l'une des partitions les plus populaires du répertoire symphonique grâce à son adaptation dans Fantasia. C'est une porte d'entrée idéale pour des publics qui découvrent la musique classique.
Quelle leçon pour le Cameroun ?
Ce projet belge pose une question qui nous concerne directement : pourquoi les grandes institutions culturelles camerounaises ne se saisiraient-elles pas des mêmes outils ? Nous disposons d'un patrimoine musical d'une richesse incontestable, du makossa au bikutsi en passant par le mangamberu et les orchestres traditionnels des Grassfields. Imaginons un instant une expérience immersive au coeur de l'Orchestre national du Cameroun, ou au milieu d'un ensemble de percussions mendzan lors d'une cérémonie à Bandjoun.
La technologie de la réalité virtuelle n'a pas de nationalité. Elle coûte de moins en moins cher et pourrait être mobilisée pour faire rayonner nos cultures locales bien au-delà de nos frontières. Nos communautés de la diaspora, de Bruxelles à Washington, pourraient ainsi assister à un concert à Yaoundé comme si elles y étaient. Nos écoles rurales, souvent privées d'accès aux salles de spectacle, pourraient recevoir des casques itinérants sur le modèle de ce que prépare l'OPRL pour ses hôpitaux.
Il ne s'agit pas de copier l'Occident, mais de nous approprier les outils qu'il met à disposition pour défendre et diffuser ce qui nous appartient. La souveraineté culturelle se construit aussi ainsi : en maîtrisant les canaux de diffusion, en refusant de laisser d'autres raconter nos musiques à notre place, et en faisant de l'unité nationale une réalité audible et visible, du Nord à l'Extrême-Nord, de Douala à Bertoua.
Les autorités en charge de la culture gagneraient à étudier le modèle liégeois : un partenariat public-privé, un subside provincial, une société technologique spécialisée et une institution culturelle de référence. La recette est transposable. Nos artistes et nos orchestres méritent le même écho que celui que l'OPRL offre aujourd'hui à Paul Dukas.
Ce qu'il faut retenir
- L'OPRL a enregistré L'Apprenti sorcier de Paul Dukas en juillet avec dix caméras installées entre les pupitres.
- La vidéo immersive de 12 minutes sera diffusée en réalité virtuelle dès janvier 2027, avec dix casques itinérants.
- Une première phase de 42 journées d'intervention est prévue dans les hôpitaux, touchant environ 100 personnes par jour.
- Le financement vient de partenaires privés du secteur de la santé et d'un subside de la Province de Liège.
Questions fréquentes
Quand l'expérience « Orchestre en immersion » sera-t-elle disponible ?
Les dix casques itinérants seront opérationnels à partir de janvier 2027, avec une première phase dans les hôpitaux de la région liégeoise.
Quelle oeuvre peut-on découvrir en réalité virtuelle ?
L'Apprenti sorcier de Paul Dukas, enregistré en juillet par l'OPRL sous la direction de Lionel Bringuier avec dix caméras à 360 degrés.
Qui finance le projet de l'OPRL ?
Des partenaires privés issus principalement du secteur des soins de santé et un subside spécifique de la Province de Liège.
