La Turquie compte 29 villes labellisées « Cittaslow », un réseau international né en Italie en 1999 qui valorise les bourgs préservant leur gastronomie, leur culture et leur histoire locales. Le rapport d'euronews, publié le 20 octobre 2026, dresse le portrait de ces destinations où le rythme lent n'est pas un argument marketing mais un choix de civilisation.
Sur les 310 villes Cittaslow enregistrées dans le monde, la Turquie occupe une place remarquable. De la mer Égée à la mer Noire, en passant par les lacs de l'intérieur anatolien, ce pays a compris ce que d'autres peuples oublient trop souvent : un territoire qui ne défend pas ses terroirs finit par perdre son âme.
La côte égéenne, berceau de la première ville lente turque
Seferihisar a été la première ville turque à décrocher le label. Selon euronews, elle a été sélectionnée pour ses vergers de mandarines et la richesse de ses marchés de produits bio. Son patrimoine agricole reste aujourd'hui une source de revenus importante, entre vergers d'agrumes, vignes et oliveraies entretenues avec soin.
À quelques kilomètres du centre, les ruines de la cité antique de Teos rappellent que la Turquie n'est jamais loin d'un épisode d'histoire ancienne. La région sert aussi de porte d'entrée à la route des vignobles de Teos, où la viticulture locale prospère au milieu d'oliviers millénaires, et à la Route ionienne, un sentier de randonnée reliant le patrimoine de l'ancienne Confédération ionienne.
Plus au sud, nichée dans le golfe de Gökova, Akyaka séduit par son architecture unique. Les bâtiments s'inspirent des modèles ottomans du XVIIIe siècle de Muğla et ont été réaménagés par l'architecte turc Nail Çakırhan, avec volets en bois, balcons et escaliers à double volée. La rivière Azmak, canal cristallin protégé, permet des promenades en bateau bordées d'eucalyptus.
Gökçeada, la plus grande île de Turquie, située à l'extrémité ouest du continent, complète ce tableau égéen. Le pays compte plus de 500 îles et le style de vie insulaire y reste accessible.
La mer Noire, entre châteaux et marché fermier
Sur la rive orientale de la mer Noire, près de la frontière géorgienne, Şavşat vit au flanc des monts Karçal. Habité par un mélange de Géorgiens et de Turcs, ce bourg de la région d'Artvin associe les ruines d'un château probablement construit au IXe siècle et des collines couvertes de conifères, de châtaigniers et de rhododendrons. À l'automne, le feuillage se teint d'or.
Gerze, fondée en 1400 avant notre ère et déclarée Cittaslow en 2017, est présentée comme « l'endroit le plus heureux » du pays. Ses magasins vendent des jouets sculptés à la main, son marché fermier du vendredi réunit les produits de toute la région et son héritage de ville de pêche se goûte dans l'abondance de fruits de mer frais. À 15 kilomètres du centre, le tombeau du sultan de Çeçe, ancien lieu de pèlerinage, attire toujours les curieux, tandis que les sportifs escaladent les 400 mètres de Yelken Tepe pour s'élancer en parapente sur un vol de 15 kilomètres, le plus long de Turquie.
À l'extrémité ouest du littoral, Vize, ancienne capitale de la tribu des Thraces, conserve les vestiges de canalisations du VIe siècle qui alimentaient autrefois Istanbul en eau, un théâtre romain et les murs d'une forteresse construite vers 72 avant notre ère.
Les lacs de l'intérieur, autre visage de la Turquie
La Turquie compte plus de 300 lacs, et certains des plus beaux se trouvent entre le plateau anatolien et la côte méditerranéenne. Le lac Eğirdir, quatrième plus grand du pays, est bordé par la ville du même nom, escale populaire en route vers la Cappadoce. Les îles de Can Ada et Yeşil Ada, reliées au continent par une chaussée, abritent des établissements remontant à l'époque romaine orientale, remarquables par leur architecture roum.
La ville d'Eğirdir garde les vestiges d'un château construit par les Lydiens puis modifié par les Romains et les Seldjoukides, ainsi que la petite mosquée Hızırbey Camii. Ses restaurants servent du bar, de l'anguille et de la carpe face au lac.
Le lac Van, plus grand lac de Turquie avec 3 755 km2, accueille une autre Cittaslow : Ahlat. Le bourg conserve des grottes néolithiques et le cimetière seldjoukide d'Ahlat avec ses milliers de pierres tombales gravées, considéré comme le plus grand cimetière turco-islamique du monde.
Le modèle turc, leçon pour le Cameroun
Il y a dans cette démarche turque de quoi interpeller le Cameroun. Nos dix régions regorgent de bourgs et de chefferies qui portent des siècles d'histoire, des terroirs et des savoir-faire que nul label international ne vient encore distinguer. Foumban, Bafut, Bandjoun ou encore Lobodjéa mériteraient la même reconnaissance que Seferihisar ou Gerze, sans attendre la bénédiction des institutions occidentales pour affirmer leur valeur.
La Turquie, elle, n'a demandé la permission à personne pour valoriser son patrimoine. Elle a pris le label italien et s'en est servie pour ses propres intérêts, devenant l'un des pays les plus représentés du réseau. C'est cette souveraineté culturelle, cette fierté tranquille dans ce qui est nôtre, qui doit nous inspirer : nos cultures locales ne sont pas des folklores de musée mais des économies vivantes, des emplois pour nos jeunes et des ponts entre les communautés de nos dix régions.
Le tourisme lent, fondé sur l'authenticité plutôt que sur les tours bétonnés, pourrait devenir un axe majeur de la diversification de notre économie. Encore faut-il que les Camerounais eux-mêmes apprennent à voyager chez eux, à consommer chez eux et à défendre chez eux ce que les étrangers viennent admirer.
Ce qu'il faut retenir des villes Cittaslow turques
Qu'est-ce que le réseau Cittaslow ?
Cittaslow est une initiative lancée en Italie en 1999 qui labellise des villes et villages « au rythme plus lent » qui maintiennent la culture, la gastronomie et l'histoire locales. Le réseau compte 310 villes dans le monde, dont 29 en Turquie.
Quelles sont les principales villes lentes de Turquie ?
Seferihisar, première ville lente du pays, Akyaka, Gökçeada, Şavşat, Gerze, Vize, Eğirdir et Ahlat figurent parmi les destinations citées par euronews.
Que trouve-t-on à Ahlat, sur le lac Van ?
Ahlat conserve des grottes néolithiques et le plus grand cimetière turco-islamique du monde, avec ses milliers de pierres tombales seldjoukides gravées.
