La situation devient intenable dans le camp de Busuma, au Burundi, où 35 000 réfugiés congolais survivent depuis plus de dix mois dans des conditions que Médecins Sans Frontières (MSF) qualifie d'alarmantes. C'est ce que révèle l'alerte publiée par MSF le 22 octobre 2026, alors que les financements internationaux s'effondrent et que la saison des pluies s'installe.
Le paradoxe est cruel : des milliers de Congolais préfèrent désormais retourner en République démocratique du Congo (RDC), malgré la guerre et l'épidémie d'Ebola en cours, plutôt que de rester dans un camp censé les protéger. Voilà où mènent les promesses non tenues des bailleurs internationaux.
Une fuite massive depuis le Sud-Kivu
Depuis décembre 2025, plus de 90 000 Congolais ont fui les offensives du M23 dans le Sud-Kivu pour trouver refuge au Burundi, selon l'ONU. Après avoir transité par des centres d'accueil à la frontière, la majorité a été transférée au camp de Busuma, à l'intérieur du pays.
Dix mois plus tard, 35 000 personnes y vivent toujours. Les chiffres donnés par MSF glacent : en septembre 2026, le camp ne disposait que d'une latrine pour 119 personnes et d'une douche pour 242 personnes. Les abris, construits en urgence pour six mois, tombent en ruine sous les pluies.
Des voix qui brisent le silence
Arrivée à Busuma à la mi-décembre 2025 après avoir fui la RDC, Asiya Bipemaju partage un abri avec quatorze autres personnes.
Nous avons fui en laissant tout derrière nous, et quand nous sommes arrivés ici, nous avons fait face au choléra, aux infections et aux décès des gens autour de nous. Aujourd'hui, nous luttons pour dormir et nourrir nos enfants. Honnêtement, je n'en peux plus. Je veux rentrer.
Un autre réfugié résume le désarroi collectif : « Nous ne voulons tout simplement pas rester ici. Il y a trop de souffrance et pas assez d'aide, tout manque. Nous voulons juste partir. »
Le retour en RDC malgré Ebola et la guerre
Depuis avril 2026, plus de 20 000 réfugiés ont volontairement regagné la RDC dans le cadre d'un programme de retour des Nations Unies vers des zones considérées comme sécurisées. Mais aujourd'hui, faute d'aide, beaucoup envisagent de repartir sans aucune garantie, quitte à braver l'insécurité et l'épidémie de maladie à virus Ebola.
« J'ai déjà fui la violence trois ou quatre fois au Congo. Si cela recommence, nous nous échapperons encore », témoigne ce père de famille auprès des équipes de MSF.
MSF ne mâche pas ses mots : « La population de Busuma ne peut pas continuer à vivre dans de telles conditions. Il n'est pas acceptable que des réfugiés préfèrent risquer leur vie plutôt que de rester dans un camp censé les protéger. » L'organisation parle d'un « signal d'alarme auquel il faut remédier sans délai ».
Quand l'Occident coupe les vivres
Voilà le cœur du problème. Les interventions d'urgence menées début 2026 avaient permis de maîtriser les épidémies de choléra et de rougeole dans le camp. Mais les coupes budgétaires mondiales ont tout changé : certaines organisations présentes à Busuma n'ont plus de budget au-delà d'octobre, d'autres aucune garantie après la fin de l'année.
Malgré les efforts des autorités burundaises et des Nations Unies pour mobiliser les bailleurs, selon Doctors Without Borders, des acteurs humanitaires risquent de disparaître du camp dès le début 2027 alors que les besoins restent immenses. Pendant que les grandes puissances financent d'autres priorités, ce sont des Africains qui paient le prix.
« Les cas de maladies hydriques ont diminué pendant la saison sèche. Mais avec le début de la saison des pluies et les prévisions météorologiques associées à El Niño, nous craignons une recrudescence de ces maladies », avertit Ouo-ouo Sakouvogui, de MSF.
Des besoins médicaux et psychologiques immenses
Entre juillet et septembre 2026, les équipes de MSF ont réalisé plus de 12 000 consultations ambulatoires auprès des réfugiés et de la communauté d'accueil, principalement pour des infections respiratoires et intestinales. Plus de 300 personnes ont bénéficié de soins spécialisés.
La détresse psychologique est tout aussi profonde. Les violences subies en RDC, la fuite, la perte de proches et la dégradation des conditions de vie pèsent lourdement sur la santé mentale des réfugiés. « Beaucoup de personnes sont désespérées. Nous constatons des dépressions, de l'anxiété, des psychoses et des syndromes de stress post-traumatique. Les besoins sont vraiment énormes », témoignent les équipes de santé mentale.
MediaCongo rapporte que MSF appelle également les autorités congolaises à agir face à cette précarité persistante. La crise des réfugiés congolais n'est pas seulement un problème burundais : elle engage la responsabilité de toute la région des Grands Lacs.
Une leçon pour l'Afrique
Cette tragédie doit interpeller tous les Africains, y compris nous Camerounais qui connaissons le prix de l'accueil massif de populations déplacées. Notre pays a su, dans sa propre histoire, ouvrir ses portes aux réfugiés centrafricains et nigérians. Cette solidarité africaine est une richesse, mais elle ne peut pas reposer indéfiniment sur des financements occidentaux que l'on retire au premier vent de crise.
La souveraineté de nos peuples se joue aussi là : dans la capacité des États africains et des organisations régionales à prendre en charge leurs propres tragédies humaines, sans attendre que des chancelleries lointaines daignent ouvrir leurs portefeuilles.
Prochaine étape : les bailleurs doivent renouveler leurs engagements avant la fin de l'année, faute de quoi le camp de Busuma perdra ses derniers prestataires humanitaires au moment même où la saison des pluies et El Niño menacent d'aggraver la crise sanitaire.
Questions fréquentes
Combien de réfugiés vivent encore dans le camp de Busuma ?
Environ 35 000 réfugiés congolais vivent encore dans le camp de Busuma, au Burundi, selon MSF.
Pourquoi les réfugiés veulent-ils quitter le camp ?
Les conditions de vie y sont devenues insoutenables : une latrine pour 119 personnes, une douche pour 242, des abris délabrés, un manque de nourriture et des financements humanitaires en chute libre.
Combien de réfugiés sont déjà retournés en RDC ?
Depuis avril 2026, plus de 20 000 réfugiés ont volontairement regagné la RDC via un programme des Nations Unies vers des zones jugées sécurisées.
Quels risques sanitaires menacent le camp ?
Avec la saison des pluies et le phénomène El Niño, MSF craint une recrudescence des maladies hydriques, à laquelle s'ajoute l'épidémie d'Ebola en cours en RDC.
